Mercredi 29 janvier 2020

Archéologie

En 1953, est découverte la première tombe princière celte

une tombe princière du Ve siècle vient d’être mise à jour dans l’aube

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · Le Journal des Arts

Le 21 avril 2015 - 865 mots

Le 5 mars dernier, l’Inrap révélait la découverte exceptionnelle d’une tombe princière du Ve siècle avant notre ère à Lavau, dans l’Aube. Son mobilier fastueux rappelle, à bien des égards, le fameux Trésor de Vix, mis au jour en 1953.

Le 3 janvier 1953, Maurice Moisson, alors chef du chantier de fouilles menées par la société archéologique de Châtillon-sur-Seine, remarque un léger monticule et une concentration inhabituelle de pierres au milieu d’un champ, au pied de l’oppidum du Mont Lassois, à quelques encablures du petit village de Vix, en Côte-d’Or. Tout excité, il téléphone aussitôt à René Joffroy, professeur de philosophie et de latin qui dirige la société archéologique locale. Les deux hommes ne savent pas encore qu’ils sont tout près d’effectuer l’une des plus grandes découvertes réalisées sur le sol français ! « Je vais sur le site. “Paris” y est aussi. Moisson enlève un vieux sac tout mouillé et quelques pierres, protection qu’il avait mise contre d’éventuels curieux. Apparaît alors le visage d’une Gorgone […] Nous enlevons des pierres pour y voir mieux : le “bât de mulet” se révèle être le dos d’une anse de vase énorme, sans équivalent connu. Entre les pierres brille un reflet de métal clair : c’est une coupe en argent, cabossée, mais dont le fond est orné d’un ombilic en or », racontera ainsi René Joffroy dans son essai paru en 1962 (Le Trésor de Vix. Histoire et portée d’une grande découverte, Paris, 1962). Menée entre janvier et février 1953, la campagne de fouilles va révéler au public ébloui l’existence d’une sépulture à char du Hallstatt final (début du Ve siècle avant notre ère) dont la richesse du mobilier atteste du rang élevé de la personne inhumée : soit une femme dans laquelle certains ont avancé qu’il s’agissait peut-être d’une princesse ou d’une prêtresse, conformément à certains usages en vigueur dans le monde celte. Recouvert, à l’origine, d’un tumulus de terre ou de pierres, le caveau d’environ quatre mètres de côté renfermait ainsi le corps de la défunte, allongée sur la caisse d’un char de parade décoré d’appliques de bronze. Parmi les nombreux bijoux découverts dans la tombe (bracelets, fibules…), un magnifique torque en or pur pesant près de 500 grammes reposait au niveau de la tête : orné, en ses extrémités, de deux chevaux ailés, il trahit une évidente influence orientalisante.

Un spectaculaire vase de bronze
Mais la pièce maîtresse de ce mobilier exceptionnel n’est autre que le gigantesque cratère de bronze, qui fait désormais la gloire du musée de Châtillon-sur-Seine : soit le plus grand vase antique connu à ce jour avec sa taille de 1,64 m, son poids de 208 kg et son diamètre de 1,27 m ! Outre ses dimensions gargantuesques, ce récipient de prestige stupéfie également par la richesse de son décor : sur son col, court une frise de guerriers grecs (hoplites) tantôt à pied, tantôt conduisant des chars, tandis que ses anses épousent la forme de gorgones tirant la langue. En outre, le cratère était doté d’un couvercle sur lequel était fixée une statuette de femme dont les traits du visage lorgnent du côté de l’art grec archaïque. Était-ce une allusion au statut politique ou social de la défunte ?
Inscrit au titre des monuments historiques depuis le 22 août 2006, le trésor de Vix n’a pas fini de faire couler de l’encre depuis sa découverte, il y a plus de soixante ans ! Pour preuve, les archéologues de l’Inrap qui viennent de mettre au jour à Lavau, dans l’Aube, une autre sépulture princière de la même époque, ne manquent pas de souligner les nombreuses similitudes qui existent entre le statut des défunts et leur mobilier funéraire. En revanche, si les deux tombes sont strictement contemporaines et appartiennent manifestement à la même culture (les principautés celtiques du premier âge du fer), la façon dont leur matériel sera étudié devrait être radicalement différente. « En 1953, on s’intéressait davantage aux objets qu’à la structure même de la tombe. Plus d’un demi-siècle plus tard, les paradigmes ont considérablement évolué. On s’intéresse désormais à l’environnement du site, au contexte global de la découverte. À titre d’exemple, la chambre funéraire de Lavau mesure 14 m2, mais notre chantier de fouilles s’étend sur deux hectares », explique ainsi Dominique Garcia, le président de l’Inrap. Menée par une équipe pluridisciplinaire de dix personnes (spécialisées dans l’étude des pollens, des graines, des tissus…), la campagne menée à Lavau va ainsi permettre de mieux comprendre la tombe de Vix : son mobilier funéraire, mais aussi et surtout son contexte archéologique, anthropologique et religieux. Malgré leurs quelques divergences (à Lavau, le défunt était probablement un chef de guerre enterré sur son char et avec ses armes), les deux tombes racontent sensiblement la même histoire : les échanges économiques et culturels entre les peuples méditerranéens et leurs produits manufacturés, et ces élites « barbares » qui tiraient leurs richesses du commerce des céréales, de l’étain et des esclaves. Et l’on se prend à rêver d’une exposition d’envergure qui mettrait en perspective le Cratère de Vix et ses sublimes gorgones, avec le Chaudron en bronze de Lavau dont les quatre anses sont ornées du beau visage du dieu fleuve grec Achéloos…

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°434 du 24 avril 2015, avec le titre suivant : En 1953, est découverte la première tombe princière celte

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