Vendredi 15 février 2019

Des poches pour l’art

L’histoire de l’art rencontre son public

Par Alain Cueff · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1996 - 1065 mots

On ne cesse, depuis quelques années, de prédire la disparition du livre d’art sous les assauts conjugués des nouvelles technologies et d’une crise de la librairie aux contours désormais bien connus. La réponse la plus simple, a priori, qui consiste à réduire au maximum les prix de vente, s’est faite attendre. À quelques exceptions près, les éditeurs ne jugeaient pas utile de publier en poche essais historiques ou théoriques, témoignant ainsi d’une indigence des textes de maints beaux livres qui ne souffrent pas d’être séparés de ce qui en fait le prix : les illustrations pleine page.

En dépit d’une activité soutenue dans le domaine de l’esthétique (dans la collection "Essais" ou dans la "Bibliothèque illustrée des histoires"), et d’un fonds d’une grande richesse, les éditions Gallimard proposent peu de livres de poche, leur préférant la solution intermédiaire de la série "Découvertes", dont on ne peut pas toujours dire qu’elle se distingue par la qualité de ses textes, fractionnés de légendes et encadrés de toutes sortes. En revanche, de nombreux essais publiés, entre autres, dans la collection "Idées et recherches" chez Flammarion, trouvent une juste conversion en poche. Les essais de Daniel Arasse ou Georges Didi-Huberman deviennent facilement accessibles et gardent tout leur intérêt malgré l’inévitable réduction des illustrations. Le souci de donner une certaine ampleur à la collection "Champs-Flammarion", qui propose des volumes à soixante francs, a amené les éditeurs à republier des ouvrages initialement parus chez des confrères, comme celui de Claire Lalouette consacré à l’art égyptien. Nul doute que dans la production éditoriale des dix dernières années, qui a comblé de nombreux manques, ne se trouvent des textes qui pourraient, en poche, gagner de nouveaux lecteurs.

La politique des éditions Séguier et Carré est plus volontariste encore puisque, à des prix extrêmement réduits, ces "petites" maisons publient des textes inédits. À trente-cinq francs, les textes de Roberto Longhi ou de Heinrich Wölfflin peuvent enfin rejoindre les bancs des amphithéâtres.

PEINTURE, SCULPTURE, ÉCRITS SUR L’ART

Collection Art & Esthétique, éditions Carré. Chaque volume 96 p., 35 F.
- Meyer Schapiro, L’art abstrait.
Récemment disparu, Schapiro est sans aucun doute l’un des écrivains majeurs dans le domaine de l’art moderne. Ce volume réunit trois textes de 1937, 1957 et 1960.
- Jean-Claude Lebensztejn, De l’imitation dans les Beaux-Arts.
L’auteur entreprend ici une relecture de l’art néoclassique et romantique.
- Henrich Wölfflin, Psychologie de l’architecture.
Un texte essentiel du grand historien allemand : "Comment est-il possible que des formes architecturales soient l’expression d’une âme ?"
- Roberto Longhi, Propositions pour une critique d’art.
Longhi plaide, dans ce texte de 1949, pour une réinscription de la critique dans la littérature.

Collection Champs-Flammarion. Chaque volume 60 F.
- Claire Lalouette, L’art figuratif dans l’Égypte pharaonique, 384 p.
Ce livre est une synthèse sur l’art figuratif égyptien, de la préhistoire jusqu’à l’an mil.
- Le Corbusier, L’art décoratif aujourd’hui, 226 p. 
La collection poursuit la réédition des textes de Le Corbusier, qui n’ont rien perdu de leur acuité ni de leur actualité.
- Daniel Arasse, Le détail. Pour une histoire rapprochée de la peinture, 364 p. 
L’excellent et subtil essai de Daniel Arasse avait été publié il y a quatre ans et ne perd rien de sa pertinence en format réduit.
- Jurgis Baltrusaitis, Anamorphoses. Les perspectives dépravées, 318 p.
Désormais classiques, les études de Baltrusaitis sur les aberrations visuelles font partie du viatique essentiel de l’historien.
- Georges Didi-Huberman, Fra Angelico. Dissemblance et figuration, 448 p.
L’érudition vertigineuse de l’auteur est mise au service d’une pensée audacieuse sur l’art.
- Roland Penrose, Picasso, 630 p.
La biographie de Penrose est depuis longtemps indispensable, en dépit de cet exergue emprunté à Ribe­mont-Dessaignes : "Rien de ce qu’on peut dire de Picasso n’est exact…"
- Goethe, Écrits sur l’art, éditions Garnier Flammarion, 452 p. 53 F.
"Il n’est pas facile d’aimer Goethe", écrit Tzvetan Todorov dans une préface peu stimulante. On ne se laissera pas décourager par cet avis pour découvrir ces textes du grand écrivain allemand.
- Gaëtan Picon, 1863 Naissance de la peinture moderne, éditions Folio-Gallimard, 208 p. 33 F.
Le texte de Picon avait fait date en son temps (il fut publié en 1974) et a les qualités et les défauts d’une approche subjective de l’histoire.
- Pascal Quignard, Le sexe et l’effroi, éditions Folio-Gallimard, 370 p. 36 F.
"Pourquoi ai-je écrit ce livre ? Pour affronter ce mystère : c’est le plaisir qui est puritain." À partir de ce paradoxe, une étude sur l’érotisme dans l’Empire romain.
- Arnauld Pierre, Calder. La sculpture en mouvement, Découvertes Gallimard, 112 p., 73 F. 
À l’occasion de la rétrospective Calder au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, un petit album documenté sur le sculpteur américain.


PHOTOGRAPHIE

Collection Photo Poche, éditions CNP. Chaque volume 54 F.
De Nadar à Charles Marville, en passant par Henri Cartier-Bres­son, Duane Michals, Don Mc­Cullin, August Sander…, la collection Photo Poche, créée par le Centre national de la Photo­graphie (CNP), a publié 65 titres avec "l’ambition d’offrir des livres de photographie soigneusement imprimés, maniables par leur format, accessibles par leur prix". Ces ouvrages sont essentiellement des monographies, mais traitent également de sujets thématiques ou historiques. Ils offrent ainsi une mini Histoire de voir en trois volumes.

Collection Photo Notes, éditions CNP. Chaque volume 45 F.
Autre collection créée par le CNP, riche aujourd’hui de 19 titres, dont le dernier, Pauvres de Nous, traite de l’exclusion et est édité au profit des Petits frères des Pauvres.

Les Poches du Patrimoine photographique, éditions La Manufacture, la Mission du patrimoine photographique. Chaque volume 60 F.
Plus récente, cette collection propose "un panorama de l’œuvre de grands noms de la photographie". Quatre titres sont parus : Denise Colomb, François Kollar, le Studio Harcourt et Les Séeberger.

Collection Voir et dire, éditions Actes Sud. Chaque volume 100 F.
Elle fait coexister deux expressions différentes : le texte d’un auteur et le travail d’un photographe, sans qu’a priori ceux-ci se soient concertés. Le dernier titre, Les travaux et les jours, regroupe un récit de Manuel Vaquez Montalban et des images de Michel Vanden Eeckhoudt.

Collection Petit Format, éditions de La Martinière. Chaque volume 119 F.
Lancée en avril, cette série reprend l’intégralité des livres photographiques déjà publiés en grand format : Marilyn de Ed Feingersh, Le fleuve gelé d’Olivier Föllmi et Les chats du soleil de Hans Silvester. Un inédit s’y ajoute : Fou d’elles de Jean-François Jonvelle.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°27 du 1 juillet 1996, avec le titre suivant : Des poches pour l’art

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