Mercredi 20 novembre 2019

Monographie

David Mandrella, Jacob Van Loo (1614-1670)

Justice faite à Van Loo

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2011 - 502 mots

Maître de la peinture d’histoire dans la contrée de la scène de genre, Jacob Van Loo est enfin réhabilité.

En dépit d’une conjoncture de plus en plus difficile, la maison d’édition associative Arthena, créée par d’éminents historiens de l’art en 1978, poursuit sa mission sans but lucratif au service de l’histoire de l’art. Après de nombreux ouvrages dédiés à des peintres français, elle vient de livrer l’édition d’une thèse consacrée à un peintre hollandais trop longtemps négligé par l’historiographie : Jacob Van Loo (Sluis, 1614-Paris, 1670). Celui-ci n’est toutefois pas totalement étranger à la peinture française. Après un brillant début de carrière à Amsterdam, sans que sa formation ne soit pourtant connue, le peintre s’installe précipitamment à Paris, en 1661. Si ses nombreux descendants – dont les plus célèbres sont ses petits-enfants, les peintres Jean-Baptiste Van Loo (1684-1745) et Carle Van Loo (1705-1765) – s’attacheront à glorifier leur dynastie en s’inventant de prétendues origines nobles, les historiens en ont, depuis un certain, temps révélé la véritable raison. C’est après avoir commis un meurtre à la suite d’une rixe dans une auberge, pour lequel il sera condamné à mort par contumace, que Van Loo a fui la Hollande pour la France, où il a refait sa vie et terminé sa carrière.
Plus que les petits accommodements avec la vérité de sa biographie, cette monographie, fruit du travail de l’historien de l’art David Mandrella, s’attache avant tout à révéler le caractère singulier de la peinture de Van Loo, contemporain de Rembrandt et Frans Hals. Cette singularité l’a aussi longtemps marginalisé dans l’histoire de l’art : Van Loo n’était pas assez hollandais car la fin de sa carrière s’est déroulée en France ; il n’était pas non plus assez hollandais dans sa peinture. « Du point de vue des thèmes, Jacob Van Loo ne laisse pas de contredire nos idées préconçues sur la peinture hollandaise : une grande partie de sa production concerne des sujets galants, bibliques ou mythologiques », écrit ainsi David Mandrella. En somme, comme les Italiens. 

Ses nus mythologiques, parfois licencieux car d’un grand naturalisme, lui ont par ailleurs valu une réputation sulfureuse, et furent décriés par les prédicateurs calvinistes. Ils ont aussi fait de lui un médiateur entre le classicisme italien et la tradition nordique. Décidément inclassable, Van Loo avait de multiples talents : il a également excellé dans le style narratif de la scène de genre, et a terminé sa carrière en tant que portraitiste, genre dans lequel l’a agréé l’Académie royale de peinture et de sculpture, en 1663. 
Rédigée après avoir démêlé les fils, parmi des archives lacunaires et dispersées, d’une carrière mal connue, cette thèse remet donc en lumière un oublié de l’histoire de l’art, par ailleurs souvent confondu avec les autres peintres de la dynastie Van Loo. Elle établit aussi le catalogue complet de l’artiste, soit à ce jour cent cinquante peintures. De quoi ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’art hollandais. 

David Mandrella, Jacob Van Loo (1614-1670), éd. Arthena, 288 p., 86 €, ISBN 978-2-903239-44-2.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°347 du 13 mai 2011, avec le titre suivant : David Mandrella, <em>Jacob Van Loo (1614-1670)</em>

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