Encyclopédie

D… comme Design

Un ouvrage et un coffret de DVD se penchent sur les designers et leurs créations

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2009

Qui seront les designers de demain ? Dans un livre (étrangement) intitulé Ultra Design, Laura Houseley, journaliste et ancienne rédactrice en chef du magazine de décoration anglais Wallpaper, en a rassemblé une ribambelle labellisée, en sous-titre, « La nouvelle génération de designers ».

En tout sont présentées quelque 450 créations dessinées par 360 designers internationaux : un vrai annuaire ! Celles-ci sont bien ordonnées selon cinq chapitres distincts : Meubles, Luminaires, Objets décoratifs, Objets utilitaires et Installations. Ce tour d’horizon de la production actuelle – les objets ont été édités entre 2005 et 2008 – est révélateur. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les préoccupations des créateurs peuvent ainsi être identique, des Pays-Bas à la Corée du Sud, de la Finlande au Japon. Thèmes de prédilection majeurs : la nostalgie, le recyclage, l’innovation technologique, le retour à l’artisanat, ou encore, l’humour. Au fil des pages s’affichent des noms déjà repérés tels le Suisse Michel Charlot, la Brésilienne Tété Knecht ou la Néerlandaise Pieke Bergmans. Nombre de découvertes aussi comme le Japonais Jin Kuramoto ou le Slovaque Tomás Gabzdil. On regrette toutefois le manque d’informations concernant les designers eux-mêmes. Hormis leur adresse Internet, le lecteur n’apprendra rien : ni leur âge, ni leur formation, ni leurs projets actuels. Dommage !

« En une matinée »
Nettement plus didactique apparaît, au contraire, cette nouvelle collection de DVD baptisée Design et produite par Arte Éditions. Au menu : 18 films relatent l’élaboration d’autant objets parmi les produits industriels les plus emblématiques du XXe siècle, tels la DS 19, le stylo Bic, l’iMac, la Vespa, ou encore le fauteuil Lounge Chair, des designers Charles et Ray Eames. Ces courts métrages fonctionnent sur une trame similaire : après une évocation de l’époque à laquelle l’objet a été créé, suit un historique de la thématique avec des exemples de recherches ou de produits antérieurs, puis sont présentés l’élaboration et la conception dudit objet par le designer, le choix des matériaux. Enfin sont montrés la fabrication et le parcours de l’objet à sa sortie d’usine, images accompagnées parfois d’un panorama des autres créations du designer ou du fabricant. Ainsi, Ron Arad raconte comment il a imaginé, « en une matinée » (s’il vous plaît !), l’étagère Bookworm. Ettore Sottsass, lui, explique avec force détails la création de la machine à écrire rouge vif Valentine – dont le nom est tiré de la fête de la Saint-Valentin… Tandis que Michel Buffet, responsable transports à la Compagnie d’esthétique industrielle, l’agence du fameux designer Raymond Loewy, évoque les contraintes et les solutions trouvées pour l’aménagement intérieur du Concorde. Dans le meilleur des cas, le designer accompagne lui-même son propos d’un dessin : c’est le cas de Philippe Starck, lequel décline le concept de son canapé en plastique Bubble Club en trois coups de crayon, débutant néanmoins son discours par un « Personnellement, j’ai horreur des canapés… » des plus accueillants. On saisit bien, en revanche, comment en mixant habilement une « icône élégante » – le fauteuil Club – et un « matériau nouveau » – le polyéthylène rotomoulé –, le designer conçoit un « produit nouveau » : ledit sofa. Estimant sans doute qu’une histoire d’objet pourrait se révéler barbante (à tort !), les réalisateurs ont agrémenté les courts métrages de graphismes et autres petites saynètes comiques qui alourdissent parfois le propos. De digressions aussi, comme la Twiggy qui exhibe un peu trop sa belle frimousse pour évoquer, en arrière-plan de l’effilée Jaguar Type-E, le style pop des années 1960. Bienvenus en revanche sont les écrans publicitaires d’alors se rapportant à l’objet décrypté. Ils suffisent, à eux seuls, à instiller une dose d’humour ou à montrer une époque. Les moments industriels, eux, sont toujours fascinants. En témoignent les diverses phases de « cintrage » du bois indispensables à la fabrication du fauteuil n° 41, dit Paimio, du Finlandais Alvar Aalto, en 1931. Ou encore les incroyables tribulations d’un tube de cristal qui deviendra le stylo Bic – en 2004, la firme a franchi la barre des 100 milliards de pièces vendues. À propos : Savez-vous quelle longueur peut-on tracer avec la réserve d’un Bic cristal standard ? Réponse : 3 km.

ULTRA DESIGN / LA NOUVELLE GÉNÉRATION DE DESIGNERS, éd. Thames & Hudson, 2009, 352 p., 555 ill., 38 euros, ISBN 978-2-87811-341-9. À paraître le 15 octobre.
DESIGN, éd. Arte, coffret de 3 DVD, durée totale : 468 min (18 x 26 min), en français, anglais et allemand, formats : 16/9 et 4/3, 30 euros. À paraître le 7 octobre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°310 du 2 octobre 2009, avec le titre suivant : D… comme Design

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