Courbet sans courbettes

Une correspondance à toute épreuve

La meilleure introduction à l’œuvre de Courbet est sans aucun doute sa correspondance. Alors qu’aucune exposition ne lui est consacrée, trois livres de synthèse se penchent au même moment sur l’œuvre du champion du réalisme.

"L’orgueil, écrit Courbet à Proudhon en 1863, est inséparable de l’homme mais il n’est justifié que par le travail ; l’orgueil est la conscience de soi-même ; l’orgueil est une récompense."  Le moins que l’on puisse dire est que le maître peintre d’Ornans n’en a jamais manqué, au risque de passer pour vaniteux. De ses premières lettres adolescentes, où il réclame avec acrimonie un meilleur traitement à l’internat, aux lettres d’exil, Courbet témoigne aussi d’une belle énergie pour imposer ses vues à un monde qu’entre les lignes, il juge lâche. Les innombrables procès, les mises en demeure, les prises de position péremptoires, les polémiques émaillent une vie tumultueuse et solitaire.

Porté à ce point, l’orgueil impose d’avoir raison seul contre tous. Jamais pourtant il ne versera dans le prosélytisme, se soustrayant au contraire à l’influence qu’il aurait pu exercer à travers le professorat, gardant, dans la tourmente de la Commune, sa propre vision des choses, refusant encore tout compromis avec les personnes du sexe. Courbet est taillé dans les rocs de la source de la Loue et met un point d’honneur à ne pas rompre et à ne jamais plier. L’affaire de la colonne Vendôme lui apprendra à ses dépens le prix qu’il faut payer pour avoir agi en conscience : la Troisième République emprisonnera le peintre à Sainte-Pélagie et le contraindra à finir ses jours en exil.

Cet épisode dramatique, que commente avec justesse Pierre Georgel, devient a posteriori l’emblème des combats de Courbet : s’il passe pour celui qui "encanaille l’art", pour un chantre de l’art démocratique, c’est parce que la vérité n’a pour lui ni la même origine ni la même finalité que pour ses détracteurs. Pacifiste et révolutionnaire, homme de progrès sans être progressiste, réaliste sans devenir idéologue, Courbet ne répond jamais aux grilles de lecture conventionnelles de ses contemporains. Aussi féroces soient-elles, leurs critiques passent à côté de l’essentiel et, mieux que ne l’auraient fait n’importe quels éloges, elles fortifient le peintre dans ses convictions éthiques et esthétiques. Refusant la Légion d’honneur en 1870, il écrit au ministre : "Je m’honore en restant fidèle aux principes de toute ma vie ; si je les désertais, je quitterais l’honneur pour en prendre le signe." Mais la Marine nationale, qui est opiniâtre, n’en a pas moins jugé bon de baptiser du nom du peintre une frégate furtive qui sera mise en service courant 97.

Gustave Courbet, Correspondance, édition établie par Petra Ten Doesschate Chu, éditions Flammarion, 642 p., 175 F.

Pierre Courthion, Courbet, éditions Flammarion, collection "Tout l’œuvre peint", 144 p., 99 F.

Bruno Foucart, Courbet, éditions Flammarion, collection "Tout l’art", 160 p., 99 F.

Pierre Georgel, Courbet, le poème de la nature, Éditions Gallimard-Découvertes/RMN, 176 p., 82 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°26 du 1 juin 1996, avec le titre suivant : Courbet sans courbettes

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque