Livre

Littérature

Correspondances et antagonismes

Par James Benoit · L'ŒIL

Le 24 mars 2020 - 346 mots

Genre littéraire par regroupement sans en être véritablement un, l’échange épistolaire d’artistes, d’écrivains, occupe une place à part dans la production et l’édition de littérature.

L’intention qui motive souvent sa publication est de jeter un éclairage nouveau, si possible inattendu, sur la personnalité de leur auteur, suivant le cours de leur réflexion, au sein de leur époque, une fois passé le cercle de l’intime. C’est vouloir mettre à nu une part d’âme, une part d’existence, parfois même d’ego, dans son rapport sensible au monde et dans un temps d’immédiateté qui touche moins à la visée d’éternité, vers laquelle tend le travail abouti sur une œuvre, qu’aux vicissitudes de son quotidien. C’est mettre bien souvent l’homme à l’épreuve de son œuvre. Nous attendons aussi de leur lecture qu’elle éclaire la zone d’ombre que laisse la mécanique de l’art pour entrer dans son procédé, à travers la parole qui se voudrait libre du créateur à un allié, un opposé, un confident. Comprendre par impudeur un élément de son mystère comme on s’approche d’un trésor à défricher des broussailles. Nous trouvons ici, de 1880 à 1951, d’Odilon Redon à André Bourdil, les rapports directs d’amitié sincère, de travail concret, de projets en cours qu’André Gide a entretenus tout au long de sa vie avec les artistes peintres de son époque. Loin d’être un ensemble d’exposés critiques ou d’échanges argumentaires, à l’image de ses correspondances antagonistes avec Paul Valéry dont la croisée de fers des divergences esthétiques réduit souvent le propos à un double monologue, il ne s’agit pas ici de théorie ni de littérature. Et pourtant. De par l’entre-texte, les introductions aux échanges, les notes intermédiaires, rapidement le contexte est posé, les enjeux soulignés et l’intérêt mis en lumière. Le décor est planté et on se prend à s’immerger librement le temps d’un échange dans une saynète qui concerne les affaires courantes de deux protagonistes. L’angle est annoncé, l’objet concerne leur vie artistique. Le sujet est existentiel, Gide vit « avec la peinture », c’est-à-dire avec les peintres. Et l’ensemble concourt à en former un en-cours, un roman de la vie.

André Gide et les peintres,
 
Lettres inédites,
Gallimard, Cahier de la NRF, Les inédits de la Fondation des Treilles, 208 p., 18,50 €.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°733 du 1 avril 2020, avec le titre suivant : Correspondances et antagonismes

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