Lundi 17 décembre 2018

Comprendre l’art Baoulé

Susan Vogel dépasse la simple présentation

Le Journal des Arts

Le 12 mai 2000 - 381 mots

L’art Baoulé est bien connu des collectionneurs et des musées d’art africain. Susan Vogel ne propose ni un simple livre d’art ni un catalogue raisonné des œuvres produites au centre de la Côte-d’Ivoire, mais la somme de plusieurs années de travail qui invite à découvrir une perception Baoulé du monde.

Spécialiste de l’art africain de réputation internationale, Susan Vogel a fondé à New York le Musée d’art africain, qu’elle a dirigé pendant plusieurs années. Elle fut également conservatrice au département d’Art africain du Metropolitan Museum of Art à New York et a rejoint aujourd’hui le milieu universitaire. L’art Baoulé. Du visible et de l’invisible, élaboré grâce aux enquêtes de terrain effectuées par l’auteur, aboutit à une réflexion sur l’art et sur la beauté en pays Baoulé. Les photographies des œuvres Baoulé conservées dans les collections occidentales, publiques ou privées, insistent sur l’aspect esthétique de ces objets. Mais le texte et les clichés pris en Côte-d’Ivoire révèlent des masques, des statuettes, des sièges, des chasse-mouches et autres “accessoires” dans leur contexte. Certains de ces objets sont destinés à être vus par tous : l’art profane, décoratif, par exemple, tout comme certains masques que l’on sort au cours de manifestations publiques et de spectacles de danse. D’autres masques, des sculptures et des objets en or relèvent du domaine de l’art sacré : ces objets sont chargés d’une puissance que seuls les initiés peuvent contrôler, et toute autre personne qui pourrait les entrevoir ou les contempler s’exposerait à de graves dangers. D’autres objets ne sont pas destinés à être vus de tous, ils appartiennent clairement à l’univers intime de leur propriétaire. C’est le cas des petits personnages sculptés dans le bois, toujours appréciés des collectionneurs occidentaux. Pour les Baoulés, il s’agit d’objets très personnels, entretenus et nourris, et conservés à l’abri des regards.

Dépassant la simple présentation de la production des artistes Baoulé, on perçoit leur conception du monde, leur idée de la beauté, le contexte d’élaboration et d’utilisation de leurs objets et un système de pensée différent. Susan Vogel invite à nuancer le regard occidental sur les objets africains, ce que les vitrines épurées des collections d’art africain ne permettent pas de faire.

- Susan M. Vogel, L’art Baoulé. Du visible et de l’invisible, éditions Adam Biro, 312 p., 450 F, ISBN 2-876606258-X

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°105 du 12 mai 2000, avec le titre suivant : Comprendre l’art Baoulé

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