Mardi 18 septembre 2018

Claude-Henri Rocquet : Goya

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 19 juin 2008 - 405 mots

Une fausse biographie de Goya.

« Mais il faut maintenant que le lecteur avec moi consente à laisser Goya rencogné dans la voiture qui s’approche de Bayonne  ; qu’il renonce au fil du récit, fil ténu, fil prétexte, récit dilué  ; et qu’il regarde – mais comme on écoute le récit d’un rêve pour deviner ce qu’il veut dire – le portrait de [...] »
Il ne faut pas attendre la 303e page et lire cette invite de l’auteur à ses lecteurs pour se rendre compte que cette biographie, annoncée pourtant comme telle sur la couverture, n’est en rien une biographie de Goya. Cet essai relève plutôt de l’ekphrasis, un genre littéraire qui s’appuie sur la description d’œuvres d’art pour développer un discours esthétique ou philosophique. C’est très agaçant quand on espère un récit biographique traditionnel.
D’autant que la vie de Francisco de Goya (1746-1828) est particulièrement romanesque, et que l’on savoure à l’avance les détails qui font tout le sel d’une biographie. D’origine modeste, Goya devient peintre du roi à 40 ans. Six ans après, une grave maladie qui a failli l’emporter le rend sourd. Plus tard, il assiste à l’invasion des armées de Napoléon, dont on célèbre cette année le bicentenaire, et aux désastres humains qu’elle entraîne. Il s’exile à Bordeaux peu de temps avant de mourir.

Trop d’exercices de style
Mais voilà, Claude-Henri Rocquet est un poète, essayiste, auteur de pièces de théâtre, mais pas un romancier. Il nous sert des pages entières de descriptions des œuvres de Goya accompagnées de multiples spéculations sur le sens à donner aux œuvres. Ce n’est pas inintéressant, mais une bonne reproduction en raconte dix fois plus. Et puis, à la longue, ces formes interrogatives qui annoncent des développements sans fin sur les intentions de l’artiste tournent à la formule. Certes, le sujet se prête à l’exégèse. Mais cela ne doit pas devenir un pur exercice de style. Déjà très présent à travers une écriture haletante, engagée, parfois exaltée, qui joue sur les répétitions, l’auteur a tendance à se mettre en scène au détriment du sujet de son livre.
On peut bien sûr aimer cela : renoncer au fil du récit et entrer dans l’univers métaphysique supposé de Goya, réapprendre l’histoire dramatique de l’Espagne conquise à travers les Dos et Tres de Mayo, deux tableaux universels de Goya. Le tout est d’être prévenu quand on tourne la première page.

Claude-Henri Rocquet, Goya, Buchet-Chastel, 500 p., 24,90 €.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°604 du 1 juillet 2008, avec le titre suivant : Claude-Henri Rocquet : Goya

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