Cindy Sherman

L'ŒIL

Le 27 août 2008

Ce catalogue-livre, publié à l’occasion de la plus grande rétrospective à ce jour de l’œuvre de Cindy Sherman (qui viendra au Capc de Bordeaux de février à avril 1999), retrace en 279 reproductions, de 1977 à 1995, le travail de cette artiste américaine née en 1954.

L’ouvrage a le mérite de donner le panorama le plus complet en images d’un projet artistique important qui a su, en dépit des contraintes choisies, se renouveler durant cette vingtaine d’années. Se photographier exclusivement soi-même sous divers maquillages, selon différentes poses et mises en scène, ou soi-même au travers d’objets de substitution (mannequins, poupées), n’était pas un pari facile à tenir sur une si longue période. Pourtant, l’ouvrage permet de constater les recherches formelles constantes de Sherman et son souci de ce qu’il faut bien appeler, en cette époque post-moderne où tout se vaut, l’« originalité ». Or, malgré les nombreuses qualités du catalogue, un déséquilibre est perceptible entre cette recherche formelle et les essais qui l’accompagnent, lesquels donnent une vision trop étroite, bien que juste, de l’esthétique de Sherman.

Les auteurs – Amanda Cruz, Elizabeth Smith, Amelia Jones – ont tenu, chacune à sa manière, à focaliser leur interprétation sur les enjeux féministes critiques de l’œuvre de Sherman, et à défendre une lecture elle-même tributaire des problématiques féministes... américaines. Il est évident que tout l’œuvre de Sherman traite essentiellement du regard porté sur la femme (par l’homme, mais pas seulement) et qu’il est parfaitement légitime, et même inévitable si l’on veut parler de l’œuvre correctement, de traiter cette thématique selon diverses approches, qu’elles soient socio-politiques, plastiques ou psychanalytiques. Mais un tel ouvrage n’aurait-il pas mérité, précisément, un élargissement de telles questions ou leur renouvellement, et des analyses plus approfondies des œuvres elles-mêmes ? De ce point de vue, les textes, excepté celui de Amelia Jones, manquent sans doute de hardiesse dans le choix de partis pris autres que ceux déjà évoqués. Une bonne introduction, néanmoins, pour ceux qui sont peu familiers de l’œuvre de Sherman.

Cindy Sherman, ouvrage collectif, Paris, Thames %26 Hudson, 1998, 220 p., 279 ill.,145 ill. coul., 285 F.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°498 du 1 juillet 1998, avec le titre suivant : Cindy Sherman

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