Samedi 17 novembre 2018

Charles Garnier

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 1 octobre 2003 - 340 mots

« Le concepteur du style Napoléon III, le contempteur de la modernité, l’adversaire de la restauration monumentale, l’architecte résolu à ne voir que dans la ruine la seule issue légitime de l’acte de construire ne pouvait que bousculer les amateurs d’idées simples. » Voici, aux yeux de l’historien de l’architecture Jean-Michel Leniaud, les causes du discrédit longtemps jeté sur l’œuvre de Charles Garnier (1825-1898), architecte de l’opéra de Paris, souvent taxé d’académisme et d’éclectisme, donc de peu de capacité d’imagination ! Dans ce premier volume d’une nouvelle collection consacrée aux monographies d’architectes – le prochain, sous la plume de Jean-Marie Pérouse de Montclos, sera consacré à Soufflot – l’auteur entend remédier à cette infortune critique dont semble souffrir l’architecte. Est-elle si injustifiée ? Prix de Rome en 1848, ce fils de forgeron verra sa carrière s’accélérer brutalement lorsqu’il remporte, à la surprise générale, le concours pour la construction du nouvel opéra impérial, œuvre qui focalisera la majorité des écrits sur son œuvre au détriment du reste. Ces bâtiments, du casino de Monte-Carlo à l’église de la Capelle en Thiérache, sans oublier les nombreuses villas de Bordighera, sur la Riviera italienne, sont présentés au fil d’un ouvrage richement illustré et réunis dans un précieux catalogue complet.
Les derniers chapitres permettent de cerner l’idée architecturale de Garnier. En 1892, il publie en collaboration avec Auguste Ammann un ouvrage intitulé L’Habitation humaine, dans lequel
il s’élève contre l’uniformisation du bâti, dû selon lui à une densification de l’espace mais surtout à l’industrialisation des matériaux de construction. Réactionnaire, Garnier revendique le droit au pittoresque et à la diversité, « l’art a une patrie comme les enfants ont une famille », écrira-t-il. Farouche opposant au rationalisme de Viollet-le-Duc, Garnier continue à promouvoir une architecture où prime la composition, où le décor dissimule les prouesses constructives. Si cette monographie révèle un personnage complexe, force est de constater que son architecture s’inscrit dans une voie que ne suivront pas les avant-gardes de la fin du siècle.

Jean-Michel Leniaud, Charles Garnier, Monum-Éditions du Patrimoine, 2003, 175 p., 43 euros.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°551 du 1 octobre 2003, avec le titre suivant : Charles Garnier

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