Catalogue raisonné George Desvallières

Par Colin Lemoine · L'ŒIL

Le 23 mars 2016

Bien qu’il soit irréprochable, le catalogue raisonné de l’œuvre complet de George Desvallières (1861-1950), publié aux éditions Somogy, invite à s’interroger sur un genre incontournable, mais inabordable. De l’inaccessible nécessité…

Entre cet Autoportrait de 1891, où le peintre trentenaire se figure une fleur à la main, et cette photographie d’un vieillard aux paupières closes et en habit de dominicain, le jour de sa mort, survenue dans sa quatre-vingt-dixième année, il y eut une longue vie d’artiste, pleine de fièvre, de ferveur et de foi. Secondée par de nombreuses chevilles ouvrières, dont le zèle vaut à l’ouvrage d’être remarquablement complet, Catherine Ambroselli de Bayser, petite-fille du peintre, rend justice à la carrière « d’un maître technicien et d’une âme infiniment sensible » (Camille Mauclair), depuis ses débuts auprès de Jules-Élie Delaunay puis de Gustave Moreau jusqu’à ses réalisations monumentales en faveur du renouveau d’un « Art sacré », dont il fonda les ateliers homonymes avec Maurice Denis en 1919, en passant par sa fréquentation de Georges Rouault et Henri Matisse ainsi que par sa création du Salon d’automne, en 1903. L’artiste livra des œuvres figuratives, monumentales et religieuses : trois épithètes qui suffirent à le tenir longtemps dans les limbes d’une histoire de l’art d’où tant de prétendants espèrent un jour sortir grâce à l’opiniâtreté d’un découvreur, l’audace d’un conservateur, la patience d’un héritier et, souvent, la publication d’un catalogue raisonné. Dont acte.

Envergure
Cette publication se présente sous la forme d’un coffret abritant trois volumes qui, reliés et toilés, accueillent chacun, sur la première de couverture d’un bleu profond, la signature blanche de l’artiste. Ce travail de vingt années, patient et exhaustif, riche de quelque 1 050 pages, méritait un écrin susceptible d’en trahir l’envergure. C’est chose faite. Le premier volume est assorti d’une préface de Guy Cogeval, président du Musée d’Orsay, d’un retour sur la genèse du projet, d’une biographie, d’une généalogie, d’une liste des expositions de l’artiste, d’une étourdissante bibliographie de cinquante pages, d’une désignation des sources primaires et d’un index des œuvres. Tout y est, car tout doit y être : ainsi est le défi – relevé – qu’impose tout catalogue raisonné.

Servie par une chromie parfaite, l’étude, à proprement parler, envisage la trajectoire de l’artiste et de l’homme, ainsi séquencée en sept moments clairs et distincts : « La famille », « Formation artistique », « La maturité », « Le Salon d’automne », « Vers une peinture exclusivement religieuse », « Les grands programmes décoratifs », « Les dernières années ». Enfin, de nombreuses illustrations viennent étayer cette belle plongée en eaux profondes.

Lecture
Les deux volumes suivants hébergent le catalogue, stricto sensu, de l’œuvre complet de Desvallières. Pour chacun des 2 675 numéros, organisés chronologiquement, sont précisés le titre, la date, la technique, la localisation, la provenance et, le cas échéant, les expositions, les sources et la bibliographie. Certaines notices jouissent d’un commentaire et d’une illustration, tantôt dans l’ouvrage, tantôt dans le CD-ROM qui, adjoint aux trois volumes, pallie les contraintes iconographiques d’une telle publication. Le lecteur découvre tout à la fois une entreprise cyclopéenne, nourrie par d’incessantes recherches auprès des musées, bibliothèques, églises et une peinture qui, symboliste, spirituelle ou idéiste, oscille entre Toulouse-Lautrec et Moreau, entre Puvis de Chavannes et Denis, en cet espace incertain où gisent des formes souveraines, des couleurs oubliées et, pour reprendre les mots du chroniqueur Pierre Hepp, « la finesse de bon aloi, le choix sensitif et rare, le tact de vieille origine ».

Lisibilité
Si le vidéaste Ange Leccia lui rend hommage dans une œuvre délicate, intégrée dans le DVD, et si le Petit Palais, à Paris, lui consacre ce printemps une exposition subtile, cela ne tient pas au hasard : Desvallières est, assurément, un artiste plein de ressources et, à ce titre, mérite que l’on s’intéresse à lui. Or, si le catalogue raisonné fait loi – auprès des marchands, des chercheurs et des experts –, il n’en demeure pas moins un outil formidablement malcommode, saturé d’informations profuses que l’absence d’index des lieux et des noms rend presque secrètes.

Une telle publication, dont le prix n’est pas la dernière herse, est difficilement accessible. Ici, on ne lit pas, on compulse, on consulte, on examine. Les portes d’entrée sont rares, les  meurtrières étroites. Aussi, quitte à doter l’ensemble d’un DVD, n’eût-il pas fallu y glisser une base de données autorisant le curieux à mettre la main sur ce qu’il désire et, mieux, à trouver parfois ce qu’il ne cherche pas ? Quitte à concevoir un tel ouvrage, plein de sève et de sueur, pourquoi ne pas en ramifier la nature et en repenser la structure afin de multiplier les ponts-levis et les voies d’accès ? La connaissance ne saurait être une forteresse.

Sous la direction de Catherine Ambroselli de Bayser, George Desvallières, catalogue raisonné de l’œuvre complet, Somogy, coffret de 3 volumes, 1 048 p., 1250 ill. et un DVD contenant 1 630 ill. et 2 vidéos, 380 €.

« George Desvallières La peinture corps et âme »
Jusqu’au 17 juillet 2016. Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris, Avenue Winston Churchill, Paris-8e.
Tarifs : 10 et 7 €.
Commissaires : Isabelle Collet et Catherine Ambroselli de Bayser.
petitpalais.paris.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°689 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : Catalogue raisonné George Desvallières

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque