Samedi 24 février 2018

Carnets d’Afrique / Barceló

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 5 novembre 2007

« 3.1.91 – Deux frères jumeaux, habillés pareil, m’ont invité à les accompagner à leur plantation pour récolter du latex pour essayer d’en faire de la peinture. » Rédigée en espagnol en bas à gauche d’une double page illustrée de ses Carnets d’Afrique, Miquel Barceló a gratté cette petite note en complément d’un dessin : une figure au bord d’une plage sur laquelle on voit quelques poulets, pattes en l’air, comme morts. Décembre 1990-janvier 1991, l’artiste est à Abidjan. Le Maroc, la Côte-d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, mais surtout le Mali, depuis 1988 qu’il a découvert la terre africaine, Miquel Barceló ne peut plus s’en passer. Gao, Segou, Gogoli, en pays dogon, lui sont devenus aussi familiers que Majorque, où il est né en 1957, que Barcelone, Paris, Naples, Rome ou New York, où il a souvent jeté l’ancre. Ici et là, au cours de ses différents voyages en Afrique, Barceló s’est appliqué à tenir une sorte de journal. Ce sont des notes éparses, saisies à la volée, écrites le dos tourné au vent, voire à même le sol de terre battue. L’artiste y conte son quotidien, y fixe quelques souvenirs, y mêle dessins et réflexions sur l’art à d’autres sur la vie, y fait se télescoper toutes sortes d’images du monde. L’écriture griffée, le style inégal, les pages piquées de sable, parfois grignotées par les termites, tout y transpire une expérience vécue avec passion. Comme l’écrit justement Patrick Mauriès qui en a établi le texte, les Carnets de Barceló disent non ses impressions d’Afrique mais quelle « Afrique de l’impression » fascine tant le peintre. Simultanément à la publication de cet ouvrage, l’écrivain préface par ailleurs celui de Jean-Marie Del Moral sur Barceló.
Voilà dix-sept ans que Jean-Marie Del Moral accompagne régulièrement les étapes de création du peintre.
Son ouvrage de photographies compose un autre carnet d’images, riches de portraits en action et de détails davantage documentaires qui témoignent de la totale complicité qui existe entre les deux créateurs.

- Miquel Barcelo, Carnets d’Afrique, texte établi par Patrick Mauriès avec Amélie Aranguren, Le Promeneur, 2003, 224 p., 40 ill., 29,50 euros. - Jean-Marie del Moral, Barceló, préface de Patrick Mauriès, éditions Actes Sud, 2003, 256 p., 55 euros

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°555 du 1 février 2004, avec le titre suivant : Carnets d’Afrique / Barceló

Tous les articles dans Médias

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque