Bernin, pape de la sculpture

L’œuvre sculpté au cœur de la monographie d’Avery.

Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2008

Derrière l’épithète “baroque�? invariablement associée au nom de Bernin, demeure une œuvre protéiforme qui tente de réaliser la fusion de tous les arts. La monographie que lui consacre Charles Avery s’attache essentiellement à son œuvre sculpté et à sa genèse, en mettant l’accent sur les nombreux dessins et esquisses conservés.

Grâce à une longue carrière au service des papes et de l’aristocratie romaine, Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), dit le Cavalier Bernin, a laissé une empreinte durable dans la capitale du monde catholique. Sculpture, architecture, peinture, dessin, aucun art n’a échappé à son génie. L’ampleur de son œuvre est telle que l’auteur de cette monographie a choisi de s’en tenir à la sculpture, dont il est un spécialiste reconnu. L’architecture n’est étudiée que dans un chapitre, sous son rapport avec la sculpture. L’iconographie fait une large place aux dessins, études en terre cuite (bozzetti) et maquettes, dans lesquels apparaît toute la vigueur de l’imagination de Bernin et où se développent les étapes de son travail.

Ces travaux préparatoires s’inscrivaient dans une pratique d’atelier qui laissait la plus grande part de l’exécution aux assistants du maître. Avery souligne notamment la contribution importante d’un sculpteur comme Giuliano Finelli dans la réalisation des mythologies Borghèse. Mais, travailleur infatigable, Bernin a personnellement sculpté nombre de chefs-d’œuvre, tel le buste de Louis XIV.

Publié l’an dernier en anglais, ce livre ne bénéficiait pas à l’origine d’illustrations aussi abondantes, si bien que les longues descriptions d’œuvres non seulement alourdissent la lecture mais sont redondantes avec l’image. En revanche, l’auteur fait preuve d’un certain talent dans l’analyse des portraits saisissants de vérité qui ont tant contribué à la gloire de Bernin parmi ses contemporains. De même, il remet en question la thèse de Rudolf Wittkower selon laquelle ses sculptures étaient conçues pour un point de vue unique. S’appuyant sur la disposition initiale du David ou d’Apollon et Daphné voulue par l’artiste, il considère au contraire que ces œuvres avaient un fort contenu narratif et apparaissaient progressivement, à mesure que le spectateur en découvrait les différentes faces. Avery consacre par ailleurs un passionnant chapitre aux relations de Bernin avec les cours de France et d’Angleterre, dont le point d’orgue a été son séjour à Paris en 1665, auprès de Louis XIV.

Charles Avery, Bernin, le génie du baroque, Gallimard, 288 p., 400 ill. dont 80 coul., 460 F. jusqu’au 30 juin, 530 F. ensuite. ISBN 0-07-011562-3.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°60 du 9 mai 1998, avec le titre suivant : Bernin, pape de la sculpture

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