Mardi 11 décembre 2018

Renaissance

Benozzo Gozzoli réhabilité

Le Journal des Arts

Le 21 novembre 2003 - 500 mots

Une monographie publiée aux Éditions du Regard réévalue le talent longtemps déprécié du peintre florentin du Quattrocento.

Célèbre et estimé de son vivant, porté aux nues par les romantiques et les préraphaélites, le Toscan Benozzo Gozzoli (vers 1420-1494) a connu à partir de la fin du XIXe siècle un important revers de fortune. Considéré par Bernard Berenson comme un peintre mineur dans l’art de la Renaissance italienne, et jugé « enfantin », voire « sans originalité » par Joseph Archer Crowe et Giovanni Battista Cavalcaselle (A New History of Painting in Italy, 1864), Benozzo Gozzoli fait encore aujourd’hui les frais de jugements à l’emporte-pièce, hérités pour une grande part de Vasari. En témoigne en particulier la notice du Dictionnaire de la peinture publié sous la direction de Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin (éd. Larousse, 1996). Celle-ci dénonce le « style souvent sec et mécanique » de l’artiste, ses « couleurs vives, mais souvent criardes et tapageuses », et compare son cycle de fresques pour le palais florentin des Médicis-Riccardi à une « sorte de tapisserie ingénue ». Pour en finir avec ces préjugés, Diane Cole Ahl, professeur au Lafayette College d’Easton (Pennsylvanie) et spécialiste de la Renaissance à Florence, consacre une monographie complète et détaillée au peintre du Cortège des Rois mages. Elle propose « une réévaluation de la place, importante, qu’il occupe dans l’art italien de la Renaissance » à la lumière des dernières études sur le peintre, des récentes restaurations de ses fresques – en particulier à Orvieto, Florence, San Gimignano et Castelfiorentino – ou encore de son vaste corpus de dessins préparatoires, jusqu’ici jamais confrontés aux œuvres achevées.

« Compétences de portraitiste »
Construit par grands chapitres chronologiques (« Les premiers travaux à Florence, Rome et Orvieto », « À l’ombre d’Assise, les œuvres franciscaines des années 1450 »…), le livre présente, dans un style clair et concis, les principales commandes passées à l’artiste. Une partie est notamment réservée à son chef-d’œuvre, le cycle exécuté entre 1459 et 1463 pour les Médicis et peint à fresque dans la chapelle de leur palais florentin. Les magnifiques illustrations (vues d’ensemble ou détails reproduits en pleine page) et le texte rendent justice à la virtuosité technique de la composition, à la splendeur retrouvée des couleurs, au rendu de la faune et de la flore, à la préciosité encore gothique des ornements ainsi qu’au réalisme des portraits. « La peinture florentine allait être transformée durant la décennie suivante par Pollaiolo, Verrocchio et Botticelli mais, en 1459, peu d’artistes toscans avaient autant l’expérience de la peinture à fresque que Benozzo et aucun ne possédait ses compétences de portraitiste », souligne l’auteur. L’ouvrage s’achève sur un catalogue raisonné des œuvres connues ou aujourd’hui perdues de l’artiste. Distinguant les œuvres attribuées de manière « sûre » à Benozzo de celles qui lui ont été données de façon abusive, cette dernière partie conforte l’image d’un peintre « incroyablement prolifique ».

Diane Cole Ahl, Benozzo Gozzoli, Paris, éditions du Regard, 2003, 304 p., 313 ill., 90 euros. ISBN-2-84105-160-9.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°181 du 21 novembre 2003, avec le titre suivant : Benozzo Gozzoli réhabilité

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