Mercredi 16 octobre 2019

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L'ŒIL

Le 1 février 2003 - 380 mots

Que peut être une revue d’art ? À quelle fin répond sa création ? Dans le vaste paysage des revues, on trouve probablement autant de réponses que de modèles et ce n’est pas la dernière-née qui dérogera au constat. Arearevue)s(, titre délicat à prononcer chez son libraire mais heureusement pas plus de quatre fois par an, a été fondée, voici trois numéros, par Alin Avila qui œuvra pendant dix-huit ans sur les ondes de France-Culture. Nostalgique de l’échange verbal, il a voulu une revue faite de paroles  et d’entretiens, privilégiant le témoignage sur la parole critique dont il avoue se méfier. « La critique d’art a perdu de son indépendance en se soumettant à l’actualité des produits artistiques. Je ne crois pas qu’on soit encore en mesure de découvrir les raisons de l’apparition de l’art contemporain parce que toutes les lectures passent par les phénomènes de mode. Et puis, aujourd’hui l’histoire de l’art est devenue celle du marché. Prenez Alexandre Bonnier, un plasticien fondamental, sa visibilité n’existe pas parce qu’il n’est pas sur le marché. Ou encore Leigh Bowery, artiste britannique dont nous traiterons dans le numéro 4 de la revue : on ignore son influence souterraine fondamentale, parce qu’il n’a rien produit qui satisfasse le marché. » Dans ses trois premiers numéros, arearevue)s( a donc mis en place un principe fondateur : ouvrir ses colonnes à des non-professionnels du journalisme, des artistes ou écrivains s’entretenant avec d’autres artistes, de façon à « parler à côté de l’art contemporain ». On comprend l’ambition, encore que faire un journal sans journalistes soit plutôt une tendance assez répandue aujourd’hui, donc à la mode, et qu’on imagine bien qu’obtenir de ces collaborateurs atypiques qu’ils participent bénévolement permet d’équilibrer les comptes dès le troisième numéro, avec un tirage de 5 000 exemplaires. Restent des sommaires inégaux, dans une belle  mise en page esthétisante. Un remarquable dossier dédié à François Mathey ouvre le premier exemplaire tandis qu’un dossier assez parisianiste, et donc franchement décevant, portant sur l’invention amoureuse, occupe le troisième. Le motto du journal s’affiche : « L’art pense le monde. »
Que ceux qui ne sont pas d’accord lèvent la main. Le débat est engagé.

arearevue)s(, revue trimestrielle, 20 euros, en vente dans les librairies et les centres d’art et par abonnement, www.areaparis.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°544 du 1 février 2003, avec le titre suivant : arearevue)s(

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