Architectures

Par Adrien Goetz · L'ŒIL

Le 14 mars 2008

Le journaliste Kenneth Powell et l’architecte Luca Basso Peressut répondent dans leurs ouvrages aux curieux qui cherchent à comprendre l’architecture de leur temps. Ces livres sont destinés aux professionnels mais aussi à l’homme soucieux de se tenir au courant d’un domaine en pleine mutation et objet de tant de controverses passionnées.

L’ouverture de la Tate Modern à Londres vient de démontrer avec éclat (L’Œil n°516) que le transformisme architectural devient, depuis une dizaine d’années, un des modes d’expression favori des architectes. Ce n’est pas un hasard si l’ouvrage de Kenneth Powell, première synthèse sur ce sujet, à côté de quelques grands exemples industriels (en tête, un modèle absolu, le Lingotto, l’usine emblème de la Fiat, à Turin, réinventée par Renzo Piano) consacre la majeure partie de son enquête aux musées. Le Musée d’Art contemporain temporaire, haut lieu du Los Angeles branché, dont la rénovation « définitive » fut menée à bien par Frank O. Gehry en 1997, propose un modèle d’intervention minimale dans l’espace existant. À l’opposé, l’Atelier national d’Art contemporain de Lille a vu une ancienne halle, qui proposait naguère aux Lillois des attractions et du patinage, enveloppée par Bernard Tschumi d’une structure qui donne au bâtiment abandonné une forme nouvelle, lieu dévolu désormais à l’école de cinéma du Fresnoy. Ce qui intéresse Tschumi, c’est l’incohérence de cet espace neuf, entre la coque ancienne et le nouveau toit, qui n’est ni intérieur ni extérieur, ni moderne ni ancien : il le dit lui-même, « un espace du XXIe siècle ». Le livre de Luca Basso Peressut démontre que ce XXIe siècle a commencé voici déjà dix ans, il rappelle comment les sages Jacques Herzog et Pierre de Meuron, héros de la Tate Modern, avaient fait leurs premières armes en matière de musées en 1992 avec le bâtiment de la collection Goetz à Munich, dont la parfaite élégance avait été reconnue unanimement. Quand à l’histoire des nouveaux musées, elle avait débuté en 1991 par l’intervention de Venturi à la National Gallery de Londres, construisant dans un style très « Prince de Galles », pietra serena et baies vitrées, la nouvelle Sainsbury Wing, semée de citations de l’architecture du vénérable monument. L’ouvrage, qui ne se limite pas aux réhabilitations, donne envie de visiter quelques architectures muséales récentes, bien sûr le Musée Tinguely de Bâle (Mario Botta), le nouveau Getty Center (Richard Meier), le Guggenheim de Bilbao (Frank O. Gehry), la fondation Beyeler de Bâle (Renzo Piano) mais aussi d’aller découvrir quelques musées moins accessibles et très photogéniques : le Musée du Bois à Mikata-gun au Japon, en pleine forêt (Tadao Ando, 1994) ou le Musée Aukrust, consacré au peintre et graveur norvégien, construit en 1996 sur quelques arpents de neige par Sverre Fehn, à 400 km au nord d’Oslo. Et si, par surprise, le XXIe siècle naissait là-bas ?

Kenneth Powell, L’Architecture transformée, réhabilitation, rénovation, réutilisation, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond, éd. Seuil, 253 ill., 280 F, ISBN 2-02-037201-0 et Luca Basso Peressut, Musées architectures 1990-2000, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, éd. Actes Sud/Motta, 320 p., 300 ill., 398 F, ISBN 2-7427-2412-5.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°517 du 1 juin 2000, avec le titre suivant : Architectures

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