Vendredi 22 février 2019

Anton Gorbijn, Star Trak

L’imagination selon Gorbijn. Portraits de stars et impact visuel

Par Emmanuel Fessy · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1996 - 352 mots

Depuis quinze ans, Anton Gorbijn s’est fait un nom en réalisant des portraits de stars du cinéma, de la pop music et du rock, souvent pour la presse. Après Famouz et Allegro, les éditions Schirmer Mosel publient un nouveau recueil de ce portraitiste néerlandais, âgé de 41 ans, avant tout attaché à l’impact visuel et à l’originalité d’un tirage plutôt qu’à la profondeur psychologique de ses sujets.

Clint Eastwood, Frank Sinatra, Luciano Pavarotti, Johnny Depp, Jodie Foster, David Bowie… toutes ces figures se retrouvent page après page dans Star Trak. Les images ont deux points communs : un format carré et des tirages étonnants. Les noirs et blancs sont virés et parfois teintés, les couleurs saturées et fluo.

Chaque portrait frappe par sa construction autour d’une mise en scène ludique dans laquelle le sujet s’est volontiers coulé : Sinatra, "has been", assis au comptoir d’un bar, le regard perdu dans un reflet de sa propre image ; Pavarotti, grimé, le cheveu hirsute, ouvrant une bouche terrifiante, écho du lion de la Metro Goldwin Mayer ; Ga­ry Lucas simulant une errance dans un paysage désolé…

Gorbijn déborde d’imagination. Le décor n’est pas là pour informer sur le lieu de la pose ni sur l’activité de la star. Il est choisi pour participer à la construction esthétisante, répondant à un phénomène de mode et trouvant son succès dans les magazines, les couvertures de disques, la publicité ou les clips vidéo. N’hésitant pas à masquer un regard, à cacher une partie du visage ou à ne photographier que la silhouette, Gorbijn ne cherche pas à obtenir une expression révélant une personnalité profonde. Il ne tente pas non plus de piéger son modèle. L’identité, l’authenticité ne sont pas ses préoccupations premières.

Mais Gorbijn peut aussi faire preuve de simplicité, comme le montrent les portraits de Marianne Faithfull et de Jodie Foster, plus touchants par leur profondeur. In fine, un livre remarquablement bien imprimé, qui frappe par sa grande variété, où aucune image, si bien fabriquée, n’est répétitive.

Anton Gorbijn, Star Trak, Texte en anglais de Brian Eno, éditions Schirmer Mosel, 140 p., 113 illustrations, 298 F.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°28 du 1 septembre 1996, avec le titre suivant : Anton Gorbijn, <em>Star Trak</em>

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