Samedi 21 septembre 2019

Paris

Une semaine à 70 millions d’euros

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 18 juin 2014 - 874 mots

Modigliani et de Staël ont tiré vers le haut des ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain contrastées.

PARIS - Pour leurs ventes du soir d’art impressionniste et moderne (en mars pour Christie’s), Sotheby’s et Artcurial ont totalisé à elles deux 28,3 millions d’euros (1), soit 6 millions de plus que l’an passé. Sotheby’s mène largement avec 23,8 millions d’euros, un record historique pour Paris, dépassant son estimation haute fixée à 20 millions d’euros.

Son score est en partie dû à une œuvre inédite sur le marché, Portrait de Paul Alexandre (1911), de Modigliani, qui fut le premier collectionneur du peintre, adjugé 13,5 millions d’euros (est. 5 à 8 millions d’euros), un record pour un tableau de l’artiste en France et la plus forte adjudication de la semaine. Il est vrai que l’œuvre réunissait toutes les qualités, un état de conservation remarquable, jamais retouchée ni même rentoilée, une provenance exceptionnelle (descendants directs de Paul Alexandre) et pour la première fois sur le marché. « Lorsque l’on a un tableau historique, bien estimé avec une bonne campagne de pub, le prix est tout à fait à la hauteur des enchères réalisées à New York ! », constate Aurélie Vandevoorde, directrice du département d’art impressionniste et moderne de Sotheby’s. Seule ombre au tableau, la maison new-yorkaise n’a pas réussi à vendre Personnage, Oiseau de Miró (est. 1 à 1,5 million d’euros). Artcurial, de son côté, récolte 4,5 millions d’euros pour sa vente du 3 juin. C’est mieux que l’an passé (2,6 millions d’euros) mais c’est un peu en deçà de son estimation basse (4,7 millions d’euros). Sur ses quatre lots en tête, seul Voiliers dans le bassin de Deauville de Raoul Dufy, s’est vendu, pour 485 400 euros, dans la fourchette de son estimation. Restent invendus, entre autres, Notre-Dame, de Maximilien Luce (est. 300 à 400 000 euros) et Entrée du port du Havre et le brise-lames ouest de Camille Pissarro (est. 300 à 350 000 euros). « Le marché est très dynamique pour les œuvres bien estimées et fraîches sur le marché », conclu Aurélie Vandevoorde.

Des records mondiaux pour Sotheby’s
Les ventes d’art contemporain sont plus contrastées, avec un léger fléchissement par rapport à l’an passé. Sotheby’s, Christie’s et Artcurial totalisent 41,8 millions d’euros pour leurs ventes du soir contre 54,5 millions d’euros en 2013. Sotheby’s continue à monter en puissance avec un produit global de 22,7 millions d’euros, dépassant largement son estimation haute de 17 millions, grâce à la qualité des œuvres présentées, ne ravalant que deux lots sur les vingt-huit proposés. La monumentale Composition 1950 de Nicolas de Staël obtient le plus fort prix avec 4,2 millions d’euros (est. 2,5 à 3,50 millions d’euros). Plusieurs records mondiaux ont été enregistrés, notamment pour Kazuo Shiraga avec Gekidou suru aka, qui a obtenu 3,9 millions d’euros (est. 1 à 1,5 millions d’euros), Cy Twombly avec Ides of March, adjugé 2,7 millions d’euros (est. 2 à 3 millions d’euros) et Germaine Richier pour Don Quichotte qui s’est envolé à 1,6 million d’euros (est. 500 à 600 0000 euros). Artcurial s’en sort pas mal avec un résultat de 9,5 millions d’euros, dans la fourchette de son estimation (est. 8,1 à 11,3 millions d’euros), cédant toutes les œuvres de Chu Teh-Chun et Zao Wou-Ki. Une œuvre de ce dernier, datée de 1960, remporte la plus forte enchère avec 1,5 million d’euros (est. 900 000 à 1,2 million d’euros). La maison de ventes ne réussit cependant pas à vendre plusieurs lots estimés 450 000 à 500 000 euros, dont L’Esplanade rose de Jean Dubuffet, Composition abstraite de Serge Poliakoff et Modèle pour la spirale de l’Unesco d’Alexander Calder.

La sélection moins drastique chez Christie’s, avec des œuvres de moindre qualité, lui a porté préjudice : elle reste en dessous de son estimation basse (11,7 millions) avec 9,6 millions d’euros récoltés. Les lots mis en avant n’ont pas décollé de leur estimation basse, comme Yagenko (1989) de Kazuo Shiraga, adjugé 1 million d’euros, le lot le plus cher de la soirée ou bien une œuvre de 1979 de Chu Teh-Chun qui a obtenu 661 500 euros. D’autres n’ont pas trouvé preneur, telles plusieurs œuvres de Nicolas de Staël, comme Composition (1950), estimé 800 000 à 1,2 million d’euros et Paysage (1952), estimé 600 000 à 800 000 euros, Mangehen de Kazuo Shiraga (est. 400 à 600 000 euros) ou encore un tableau de Pierre Soulages, en tout quatorze œuvres sur les 43 proposées ont connu le même sort. Pourquoi tant d’invendus ? L’explication est simple. « Le marché est plus que sélectif. C’est tout ou rien. Si l’œuvre est de qualité, fraîche sur le marché, avec une bonne provenance et en bon état de conservation les prix sont gigantesques, mais si l’un ou plusieurs de ces éléments manquent, il y a beaucoup moins de monde », explique le galeriste Franck Prazan. Ce que confirme Edmond Francey, directeur du département d’art contemporain chez Christie’s Paris : « le fait que la vente ait été un peu compliquée n’est pas lié au marché, mais aux lots présentés et à certaines estimations un peu fortes. Quand il y a une belle œuvre, bien estimée, elle se vend parfaitement bien à Paris ».

Note

(1) Les estimations sont indiquées hors frais et les adjudications frais compris.

ART IMRESSIONNISTE ET MODERNE
Sotheby’s, le 4 juin
Estimation : 14 à 20 M€
Résultats : 23,80 M€
Nombre de lots vendus : 54 sur 68
Taux de vente : 79,4 %

IMRESSIONNISTE ET MODERNE I
Artcurial, le 3 juin
Estimation : 4,7 à 6,40 M€
Résultats : 4,50 M€
Nombre de lots vendus : 29 sur 39
Taux de vente : 74 %

POST-WAR & CONTEMPORAIN I
Artcurial, le 3 juin
Estimation : 8,1 à 11,30 M€
Résultats : 9,50 M€
Nombre de lots vendus : 30 sur 37
Taux de vente : 81 %

ART CONTEMPORAIN VENTE DU SOIR
Sotheby’s, le 3 juin
Estimation : 12 à 17 M€
Résultats : 22,70 M€
Nombre de lots vendus : 26 sur 28
Taux de vente : 92,8 %

ART CONTEMPORAIN VENTE DU SOIR
Christie’s, le 4 juin
Estimation : 11,7 à 16,70 M€
Résultats : 9,60 M€
Nombre de lots vendus : 29 sur 43
Taux de vente : 67,4 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°416 du 20 juin 2014, avec le titre suivant : Une semaine à 70 millions d’euros

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