Mercredi 21 février 2018

École de Paris

Une passion d’Alain Delon

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Le goût de l’acteur pour les années 1950, une période mal aimée, s’expose sur les cimaises d’Applicat-Prazan dans une présentation non commerciale.

PARIS - Qu’on aime ou pas l’abstraction française d’après guerre, la collection d’Alain Delon présentée par la galerie Applicat-Prazan, à Paris, présente au moins un mérite : la cohérence. Une cohérence déjà perceptible dans son ensemble de bronzes animaliers, autrefois montré à la galerie Didier Imbert, ou dans celui, plus secret, de ses dessins du XIXe siècle. En dévoilant ce pan inédit de sa collection, le comédien s’expose sans se livrer. D’ordinaire mégalomane, « Monsieur » Alain Delon a cette fois décliné tout entretien, préférant laisser les œuvres parler d’elles-mêmes.
Et, sur les vingt-six pièces piochées dans la collection, arc-boutées entre la grande tradition française et le geste « tripal » de CoBrA, certaines parlent mieux que d’autres, comme le lyrisme exalté de Gérard Schneider, ou la construction très rythmée d’un André Lanskoy de 1969. Ceux que les œuvres de Jean-Michel Atlan peuvent ennuyer par leur aspect répétitif bouderont moins cette peinture de 1953, véritable jointure avec les tableaux CoBrA issus de la sélection. Le côté écorché vif d’Alain Delon le rapproche sans doute plus d’un Karel Appel ou du geste véhément d’un Asger Jorn que d’un Camille Bryen, lequel figure pourtant au programme. Les tableaux choisis surprennent parfois par leurs dimensions, notamment la Tour de David (1952), grand format chatoyant d’Alfred Manessier qui établit un record en 1990 chez Loudmer. D’autres étonnent par leur rareté, comme la grande gouache marouflée sur toile de Bram Van Velde, pour lequel on croise plus souvent des petites œuvres sur papier. Ce n’est d’ailleurs qu’à cette échelle que le commentaire de l’écrivain Samuel Beckett sur « le peintre de l’absence et de l’impossibilité de peindre » prend tout son sens. Un magnifique Jean Degottex de 1956, dans lequel le geste devient signe, peut aussi convaincre les plus réfractaires à l’école de Paris. Il est toutefois regrettable que cette exposition, présentée le temps d’une soirée dans un espace aéré de la rue des Saints-Pères, ait été rapatriée dans une galerie qui ménage moins de respirations. De fait, seules seize œuvres sont désormais visibles sur les cimaises.

Rien n’est à vendre
Malgré les bémols, cette opération, accompagnée d’un catalogue préfacé par l’historien de l’art Michel Ragon, se révèle d’autant plus méritoire que rien n’est à vendre. Pourquoi une galerie déjà bien identifiée sur le terrain de l’école de Paris a-t-elle joué cette carte non commerciale ? « Le contexte n’a jamais été aussi favorable. Le marché est fort et ces artistes en bénéficient aussi. Nous faisons des salons toute l’année et les deux-trois dernières années ont bien fonctionné pour nous, indique Franck Prazan. Nous avons voulu mettre en avant l’école de Paris à un haut niveau de qualité, qu’il n’est pas toujours possible de maintenir dans une exposition commerciale. » L’appui d’une figure du show-biz contribue peut-être aussi à faire sortir de la ringardise une période encore mal aimée.

sMES ANNEES 1950, COLLECTION DE M. ALAIN DELON

Jusqu’au 26 mai, galerie Applicat-Prazan, 16, rue de Seine, 75006 Paris, tél. 01 43 25 39 24 www.applicat-prazan.com, tlj sauf dimanche 11h-13h et 14h30-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°259 du 11 mai 2007, avec le titre suivant : Une passion d’Alain Delon

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