Lundi 16 septembre 2019

Émirats arabes unis

Une foire dans la tempête

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2013 - 752 mots

Après un premier jour prometteur, l’édition 2013 d’Abu Dhabi Art a été victime d’un violent orage qui l’a obligée à fermer temporairement ses portes.

ABOU DHABI - Étrange foire que celle d’Abou Dhabi (Émirats arabes unis) qui, plus que toute autre, cultive les paradoxes. Née d’une volonté politique, dans une ville dénuée non seulement de galeries d’art contemporain d’envergure internationale mais aussi de toute véritable institution culturelle, elle vise à préparer l’ouverture de musées de premier plan, parmi lesquels le Louvre-Abou Dhabi (désormais annoncé pour 2015) et une antenne du Guggenheim. Il s’agit de s’inscrire sur la scène internationale de l’art tout en formant le public de la région. En quelques années, les progrès réalisés sont considérables. Si, lors des premières éditions de la foire, les allées étaient souvent désertes et si certaines galeries ont tenté l’expérience avant d’y mettre fin, l’édition 2013, qui s’estdéroulée du 20 au 23 novembre, s’annonçait sous de bien meilleurs auspices avec un taux de retour de 90 % des galeries par rapport à 2012 et des allées très fréquentées. Le vernissage lui-même a attiré un public plus nombreux que jamais, tandis que nombre de manifestations complétaient l’événement. Les galeries ont fait preuve d’un rare effort de médiation en proposant des cartels souvent détaillés auprès de chaque œuvre. Et les résultats sont là.

Abu Dhabi Art fonctionne à deux vitesses, entre poids lourds du marché et galeries plus locales dont l’aura et la qualité des œuvres apparaissent en retrait. Parmi les cinquante galeries participantes – la foire est d’ampleur limitée – figurent quelques-unes des plus reconnues internationalement telles que Gagosian, Cheim & Read (New York), Thaddaeus Ropac (Paris, Salzbourg), Continua (San Gimignano, Pékin), Hauser & Wirth (Zurich…), Kamel Mennour (Paris), Kukje (Séoul), Lisson (Londres) ou encore Sfeir-Semmler (Hambourg…), mais aussi Georges-Philippe & Nathalie Vallois (Paris) ou Enrico Navarra (Paris). À une exception près, Gagosian, dont le stand apparaît très en deçà de ses moyens, toutes les galeries importantes tiennent parfaitement leur rang, témoignant de la confiance accordée au marché local. Un marché là encore paradoxal par rapport aux autres foires internationales, puisqu’il est concentré entre les mains de trois acheteurs principaux voire exclusifs, le Louvre et le Guggenheim locaux, ainsi que la famille royale. Depuis l’origine, les autres acheteurs constituent un groupe qui reste largement à construire, mais de grandes galeries reviennent en misant sur un marché d’avenir.

Outre le très beau stand de Kamel Mennour, séduisant par son Islamic Mirror d’Anish Kapoor placé à l’entrée, mais aussi exigeant par la place de choix accordée à Pier Paolo Calzolari, on remarquait le stand, très réussi mais un peu trop « couleur locale », de Thaddaeus Ropac proposant, autour d’une Fat Car rouge vif d’Erwin Wurm, un ensemble d’œuvres inspirées par l’islam et signées Robert Longo, et un aigle de Yan Pei-Ming. Ailleurs, la jeune et très prometteuse galerie saoudienne Athr présentant Ahmed Mater. La galerie Continua mêlait intelligemment artistes occidentaux tels Michelangelo Pistoletto et moyen-orientaux comme Moataz Nasr. Cheim & Read, qui participait là pour la première fois, offrait un véritable festival : un grand Joan Mitchell à 5,5 millions de dollars (4 millions d’euros) ainsi qu’une vaste installation de Louise Bourgeois à 7,5 millions de dollars au milieu de pièces de Jack Pierson, Barry McGee, Jenny Holzer ou Ghada Amer.

La foire semblait bien engagée, les premiers contacts se prenaient sur les stands, les Emiriens ayant pour habitude d’acheter en toute fin de manifestation, quand l’incroyable se produisit : un orage important dans la nuit succédant à la première journée. Il apparut alors que, sur les deux bâtiments abritant la foire, le hall du UAE Pavilion construit par l’architecte star Sir Norman Foster n’était pas étanche, ce qui nécessita d’abriter les œuvres sous bâches, puis, après une journée de fermeture, d’évacuer le pavillon pendant le reste de la foire. Douche écossaise chez les exposants, dont les plus importants ont engagé plus de 100 000 euros pour participer.

Malgré la réouverture et le retour du public en nombre, la foire se trouvait donc remise en question. Quelle conséquence l’incident aura-t-il sur l’avenir de la manifestation ? Tout dépendra, plus que jamais, de la volonté politique des autorités locales. Pour compenser le manque à gagner des principaux exposants et afin de les inciter à revenir pour assurer la pérennité de la foire, les autorités auront probablement eu à cœur d’acheter davantage qu’elles ne l’auraient fait. Elles pourront ainsi ravaler au rang de mauvais souvenir un orage qui, dans un autre contexte, aurait exercé des effets autrement plus néfastes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°403 du 13 décembre 2013, avec le titre suivant : Une foire dans la tempête

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