Dimanche 25 février 2018

New York

Un foire d’art contemporain au Gramercy Hotel

L’art en chambres

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 11 juin 2010

La Gramercy International Contemporary Art Exhibition a occupé durant quatre jours, du 29 avril au 2 mai, toutes les chambres du Gramercy Hotel. Le succès de cette manifestation originale et souvent amusante a dépassé les prévisions des organisateurs, tant par le nombre de visiteurs – collectionneurs et artistes pour la plupart – que par la quantité de transactions.

NEW YORK - Marchands et galeristes avaient relevé le défi, transformant en stands les chambres qui leur étaient allouées, dans une ambiance bon enfant de fête de fin d’année. Sur le modèle d’événements comme "Unfair" à Cologne ou "Art Hotel" à Amsterdam, la Gramercy Exhibition s’est efforcé de minimiser les dépenses pour les visiteurs (entrée libre, pas de catalogue mais un simple plan des lieux) comme pour les exposants qui, outre une participation initiale aux frais d’organisation de 500 dollars (3 000 francs), louaient une chambre 95 dollars (550 francs) la journée et une suite 125 dollars (700 francs). De même qu’une autre manifestation nouvelle, "Art New York International", qui s’est déroulée sur une jetée de l’Hudson du 27 avril au 1er mai, la réunion du Gramercy Hotel était programmée pour coïncider avec les ventes d’art contemporain de la saison, bien que ni l’une ni l’autre ne présente d’œuvres susceptibles de figurer dans les ventes aux enchères.

Les dimensions relativement modestes de la foire ont joué en sa faveur. David Zwirner avait empilé le mobilier de la chambre contre un mur, et exposait dans l’espace vide des sculptures et du mobilier métalliques de Franz West, de même que Gavin Brown qui présentait La saga d’un photographe amateur, une vidéo de Steven Pippin avec cinq photos encadrées pour 4 500 dollars (soit 26 000 francs), prises dans un train et développées dans les toilettes. Vincent Freemont proposait, entre autres, des œuvres de James Brown et Dana Garrett dans une pièce drapée de tissus écrus. Maureen Paley vendait des tableaux de Julie Roberts 3 000 dollars (17 500 francs) et des photos de Mark Francis 1 500 dollars (8 750 francs), dans une installation sonore d’Angela Bullock qui se déclenchait à l’arrivée des visiteurs.

D’autres exposants s’appuyaient sur le décor passé des chambres en éparpillant dessins et photos sur les lits et les commodes, et en utilisant les chaises comme chevalets. Matthew Marks montrait une petite peinture et des photos de Gary Hume, et a vendu une gouache magnifique signée Richmond Burton 6 500 dollars (37 500 francs), des photos de Nan Goldin, des sculptures et des dessins de Nayland Blake. Linda Cathcart, marchande d’art de Los Angeles, avait installé trois sculptures vidéo de Tony Ousler à 8 000 dollars (47 000 francs). Jay Jopling qui, avec Maureen Paley, représentait la Grande-Bretagne, a vendu des dessins de Damien Hirst 2 000 dollars (11 000 francs), de petits tableaux de Gavin Turk (4 500 dollars, soit 26 500 francs pour un ensemble de cinq peintures), ainsi qu’une couverture piquée autobiographique de Tracey Emin.

Certains artistes étaient représentés par des œuvres créées pour l’occasion : Catherine Owens avec une tapisserie de vieux sachets de thé pour Paul Morris, Karen Klimnik avec des graffitis et des slogans couvrant la salle de bains de la chambre 303, Lisa Hein avec une sculpture de vieilles valises chez Pat Hearn. Jay Gorney présentait les lampes de R. M. Fisher et, dans les tiroirs d’une commode, des chemises à monogramme de Barbara Bloom vendues 7 500 dollars les cinq (44 000 francs). À signaler encore, autour du thème hôtelier, les sculptures-coffres en aluminium de Nancy Dwyer, exposées par le marchand milanais Emi Fontana, une très belle vidéo d’une scène d’amour dans une chambre d’hôtel, inspirée du film My Own Private Idaho, du Britannique Mat Collishaw, et des photos de Sophie Calle (11 000 dollars, ou 65 000 francs) tirées de son vaste projet sur les hôtels, tous deux sous la houlette de Luhring Augustine.

Parmi d’autres noms connus du marché de l’art, Robert Miller exposait les photos de David Salle (4 000 dollars, 22 000 francs), les aquarelles de nus de Philip Pearlstein (22 000 dollars, environ 130 000 francs), et Paula Cooper proposait trois photos de Black Rembrandt d’Andres Serrano (3 500 dollars la série, 20 500 francs) ainsi qu’une sculpture de bouteilles en plastique flottant dans la baignoire, signée Peter Feher. Andrea Zittel avait accroché ses panneaux en tissus (2 000 dollars, 11 000 francs) dans les couloirs de l’hôtel. Clarissa Dalrymple présentait l’objet le plus coûteux du salon, une petite peinture récente de Jasper Johns (275 000 dollars, environ 1,6 million de francs).

On estime le nombre de visiteurs à 15 000. Le succès de cette première édition a été tel que la manifestation se répétera sans doute, sur une base annuelle ou biennale. Les initiateurs du projet, Lisa Spellman, Matthew Marks, Pat Hearn et Paul Morris, parlent également d’organiser des salons similaires à Los Angeles ou Santa Fe.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°4 du 1 juin 1994, avec le titre suivant : Un foire d’art contemporain au Gramercy Hotel

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