Justice

Un an de sursis requis contre un Américain accusé de contrefaçon de sculptures de Rodin

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 22 février 2019 - 466 mots

PARIS

Un an de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende ont été requis jeudi contre un Américain jugé devant la cour d'appel de Paris pour « contrefaçon » de sculptures d'Auguste Rodin, reproduites à un niveau « industriel » avant d'être vendues et même exposées à l'étranger.

Auguste Rodin, <em>La main de Dieu</em>, créée en 1898, sculptée en 1917 dans du marbre. Source Ad Meskens
Auguste Rodin, La main de Dieu, créée en 1898, sculptée en 1917 dans du marbre. Une des œuvres "reproduites" par Gary Snell

Gary Snell, 70 ans, a utilisé « sans vergogne » le nom d'Auguste Rodin, a estimé l'avocat général. « Il connaissait parfaitement la législation française et savait parfaitement ce qu'il voulait faire : vendre des faux-originaux de Rodin, au mépris des droits de l'auteur ». L'originalité de ce procès vient du fait que les tirages des œuvres contrefaites ont été réalisés à partir d'authentiques plâtres, vendus par la fonderie historique de Rodin, Rudier.

Pour le représentant du parquet, la contrefaçon a atteint « un stade industriel ». L'avocat général a requis 30.000 euros d'amende contre la société italienne Gruppo mondiale, dont Gary Snell a été le patron et qui a depuis été liquidée. Il a demandé 4 mois de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende contre trois Français jugés pour « complicité de contrefaçon »

Gruppo Mondiale aurait produit, selon des estimations, environ 1.700 pièces à partir de 52 œuvres de l'artiste, pour un prix moyen de vente de 40.000 euros, ce qui représente un chiffre d'affaires de 68 millions d'euros. Les faits sont anciens : le musée Rodin a déposé plainte en 2001. Les œuvres « sont aujourd'hui disséminées dans le monde entier », a déploré l'avocat du musée, Régis Cusinberche, avant d'accuser : « Gruppo mondiale a organisé son auto-dissolution dans le but de ne pas comparaître ». 

Les sculptures, qui ont été présentées notamment à Venise et Genève « comme des œuvres originales », ne portaient pas la mention « reproduction », a mis en avant l'avocat. « Gary Snell présentait des certificats d'authenticité » ; « La production était numérotée (...) pour la faire passer pour originale ». Des jambes modifiées, une nuque aplatie, un trou sur une phalange (etc) : des pièces vendues étaient « altérées » par rapport aux œuvres du père du Penseur. « Le préjudice du musée Rodin est considérable », a affirmé Me Cusinberghe.
 
Dans ses derniers mots à la cour, Gary Snell a affirmé au contraire qu'il était de « bonne foi ». « Il n'y avait pas chez lui l'intention de faire quelque chose d'illégal », a plaidé son avocat Christian Beer. Aucun objet n'a été vendu ou exposé en France, a-t-il mis en avant. « Or la loi qui impose la mention "reproduction" ne s'applique qu'en France ». Gary Snell, qui avait rencontré des responsables du musée Rodin, des avocats, des experts, a même été d'« une vigilance extrême », a affirmé l'avocat. La cour rendra son arrêt le 17 avril. 

Cet article a été publié par l'AFP le 21 février 2019.

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