Dimanche 16 décembre 2018

Arts premiers

Tribale poursuite

Christie’s enregistre la plus haute enchère tandis que Sotheby’s garde le « leadership »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2013 - 768 mots

PARIS - Le 11 décembre à Paris, Christie’s se réjouissait d’avoir obtenu le meilleur prix pour une pièce d’art africain en vente publique en 2012, soit 2,7 millions d’euros pour un cercueil anthropomorphe Nkundu du Congo acquis (dans son estimation) par un acheteur au téléphone (probablement le Musée du Qatar) qui a également emporté un monumental serpent Baga de Guinée pour 313 000 euros (son estimation haute).

Mais beaucoup considéraient que la véritable vedette de la vacation était une statuette Tabwa à la longue chevelure tressée, estimée au mieux 250 000 euros et adjugée au marchand parisien Bernard Dulon pour 481 000 euros, soit un record mondial pour une œuvre Tabwa. En art océanien, les enchères ont culminé à 115 000 euros pour une tête Wosera de Papouasie Nouvelle-Guinée provenant de la collection des Fine Arts Museums de San Francisco, estimée 20 000 à 30 000 euros. Parce que leurs estimations étaient excessives, un appui-tête des îles Tami (est. 100 000-150 000 euros) et un élément architectural du lac Sentani en Papouasie ayant appartenu à André Breton (est. 150 000-250 000 euros) n’ont pas trouvé preneur. Mais ce sont les seuls invendus majeurs de la soirée. Avec un résultat de 6 millions d’euros, Christie’s a réalisé sa plus belle vente d’arts premiers à Paris, saluée par une importante assistance.

Sotheby’s dopée par un bouchon de flûte Biwat
Le même public s’est retrouvé le lendemain chez Sotheby’s. Sans surprise, la vedette de la vacation était le bouchon de flûte Biwat de Papouasie Nouvelle-Guinée de la collection Louis Lemaire. Estimé au mieux 550 000 euros, cet objet iconique a été défendu jusqu’à 1,4 million d’euros par Jean-Claude Weill, grand collectionneur d’arts premiers. Les trois plus hautes enchères suivantes marquaient des records en art africain, à commencer par les 720 750 euros dépensés pour un monolithe Ejagham-Bakor du Nigeria (record pour une sculpture en pierre africaine) par un collectionneur européen à près de deux fois son estimation haute. Une figure de reliquaire Kota Shamaye/Shaké du Gabon oriental (est. 130 000-180 000 euros) a été adjugée 624 750 euros à l’ancienne galeriste Hélène Leloup qui a bataillé contre un commissaire-priseur collectionneur présent dans la salle. Et un amateur américain est monté à 540 750 euros pour une tête en terre cuite Akan du Ghana de la collection Karl-Heinz Krieg, estimée au mieux 60 000 euros (record pour une terre cuite africaine). Provenant de la collection René Mendès-France, une figure de reliquaire Fang-Ntumu du Gabon (est. 350 000 euros), à l’air méchant et la patine noire suintante comme les amateurs l’apprécient, a été disputée jusqu’à 540 750 euros par le marchand parisien Yann Ferrandin.

Deux pièces majeures sont cependant restées invendues. La première est une statue féminine Dogon du Mali perdue quelques mois plutôt dans une vente courante (non cataloguée) à Drouot, alors présentée sans aucune référence parmi d’autres objets d’arts premiers. Le commissaire-priseur n’a pas jugé utile de demander l’avis d’un expert, malgré son socle signé Inagaki (du nom du socleur japonais ayant travaillé pour les grandes collections des années 1930), repérable par les habitués. Cette figure Dogon n’est pas passée inaperçue aux yeux d’un marchand parisien qui l’a achetée pour une bouchée de pain (quelques centaines ou milliers d’euros), avant de lui redonner toute sa filiation : elle provient des célèbres collections parisiennes Bela Hein (1883-1931) et André Lefèvre (1893-1963). Grâce à sa découverte, le professionnel a tenté de faire un « coup » en la mettant en vente chez Sotheby’s, sur une estimation tout à fait raisonnable de 200 000 à 300 000 euros. Mais trop content de lui, il ne peut s’empêcher de raconter son histoire qui revient rapidement aux oreilles du petit milieu de l’art africain, et lorsque son objet passe en vente, il reste invendu.

Le second impair porte sur une figure de reliquaire Fang du Gabon provenant de la collection Vérité qui fut dispersée à Drouot en 2006. Bien qu’un peu moins désirable que la première Fang de la vente, elle est estimée de la même façon 250 000 à 350 000 euros. Or le commissaire-priseur démarre maladroitement avec une mise à prix élevée de 200 000 euros. Il n’obtient aucune enchère. « Cela nous a tout de suite refroidis », témoigne un acheteur sur place. In fine, Sotheby’s a totalisé 7,2 millions d’euros de recette, conservant ainsi sa place de leader de la spécialité.

ART AFRICAIN ET OCÉANIEN

CHRISTIE’S, LE 11 DÉCEMBRE

Estimation : 4,5 à 6,5 millions d’€ (hors frais)
Résultats : 6 millions d’€ (frais compris)
Nombre de lots vendus/invendus : 63/27
Pourcentage de lots vendus : 70 %
Pourcentage en valeur : 92 %

ARTS D’AFRIQUE ET D’OCÉANIE

SOTHEBY’S, LE 12 DÉCEMBRE

Estimation : 4 à 6 millions d’€ (hors frais)
Résultats : 7,2 millions d’€ (frais compris)
Nombre de lots vendus/invendus : 85/33
Pourcentage de lots vendus : 72 %
Pourcentage en valeur : 86,7 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°382 du 4 janvier 2013, avec le titre suivant : Tribale poursuite

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