TEFAF s’affirme à Bâle

Visiteurs plus nombreux, ventes plus importantes

Le Journal des Arts

Le 13 novembre 2009

Pour sa deuxième édition, du 26 octobre au 3 novembre, TEFAF Bâle (The European Art Fair), organisée par la même fondation que TEFAF Maastricht, a accueilli 12 % de visiteurs en plus et enregistré davantage de ventes importantes que lors de ses débuts balbutiants l’an dernier. 135 mar­chands, venus de onze pays, y participaient. Les spécialistes d’objets archéologiques, tout particulièrement, se sont félicités de l’enthousiasme des collectionneurs, pour la plupart suisses et allemands.

BÂLE - "Cette foire me rappelle Maastricht à ses débuts", commentait Peter Lewis, de la galerie de tableaux Verner Amell. Man­quaient, certes, quelques grandes pièces de qualité muséale pour lui conférer un éclat particulier, certains secteurs – le tableau ancien, en particulier, et l’art ancien oriental – n’étant pas du niveau de sa grande sœur de Maastricht, mais TEFAF Bâle sem­ble être en passe de gagner son pari et de s’établir comme la plus grande foire d’art et d’antiquités de cette région d’Europe, non seulement pour les Suisses, Allemands et Français – qui constituent 80 % de la fréquentation – mais également pour les visiteurs venant d’Italie du Nord, d’Espagne et des États-Unis. Cette année, plus de 14 000 visiteurs (parmi lequels George Ortiz et le Hollandais Joost Ritman, très remarqués) ont fréquenté le salon, soit une augmentation de 12 % par rapport à 1995 : bien moins que Maastricht, qui en accueille 55 000, mais presque autant que Gros­venor House qui, après 62 ans d’existence, n’en reçoit que 18 000. Santo Micaeli, de la galerie Mermoz de Paris, présentait des sculptures anciennes en terre cuite, principalement du Mexique, tout comme trois autres marchands dans la même spécialité, faisant de TEFAF Bâle le salon avec la plus grande concentration d’art précolombien au monde. Il disait avoir vendu bien plus à Bâle qu’à la Biennale de Paris : "On perd beaucoup de temps en mondanités à Paris. Ici, on reçoit un public très motivé de connaisseurs."

Émile Deletaille, de Bruxelles, dont la pièce vedette était une somptueuse statuette en or et argent de l’Équateur, confirmait avoir "bien vendu" à de nouveau clients, en majorité suisses et des allemands.

Un buste de Touthmôsis III
Avec pas moins de quinze grands marchands – dont Kunst der Antike, de Bâle, la galerie Heidi Vollmoeller et la galerie Rhéa, de Zurich, cette dernière montrant de charmants objets béotiens ainsi qu’une statue romaine du jeune Dionysos –, TEFAF Bâle s’est également affirmé comme le plus grand salon au monde pour l’archéologie, spécialité dont les Suisses et les Allemands sont particulièrement friands. Tous les exposants se disaient heureux, ou très heureux, des affaires conclues. Parmi le foisonnement d’objets archéologiques exposés au dernier étage du Messe Basel, provenant de tout le pourtour méditerranéen et du Proche-Orient, trônait chez la galerie new-yorkaise Royal Athena un buste de Touthmôsis III (1504-1450 av. J.-C.), acheté 325 000 dollars, le soir du vernissage, par un collectionneur au téléphone. À la fermeture de la foire, le quart des 120 objets sur le stand avait été vendu. "This is the ultimate fair for antiquities", affirmait, ravi, Jerome Reisenberg, son directeur.

Dans le catalogue du salon, les organisateurs lancent une virulente attaque contre la convention d’Unidroit – signée par la Suisse en juin mais que le Parlement helvétique doit encore ratifier – sous la forme d’un entretien avec le marchand suisse Walter Feilchenfeldt, président de l’Art Dealers’ Association of Switzerland et vice-président de la Confédération internationale des négociants en œuvres d’art (CINOA). Walter Feilchenfeldt juge la nouvelle législation sur la restitution d’objets d’art à leurs pays d’origine "inutile et pernicieuse (...) inspirée par une idéologie primitive et démagogique selon laquelle tous les collectionneurs, marchands et musées occidentaux cherchent à voler leur héritage à de pauvres pays altruistes et sans défense."

Pauvre en grand mobilier, TEFAF Bâle accueillait néanmoins Adriano Ribolzi, de Monte-Carlo, qui s’est vite séparé d’une superbe console Louis XIV en chêne sculpté et doré, Paris, vers 1720. En face, le stand de Bernard Steinitz était meublé de deux somptueuses boiseries Louis XV, l’une provenant d’un salon de musique, l’autre, dans sa peinture verte d’origine, comprenant une mezzanine et des éléments d’angle, dans lesquels étaient exposés des figurines de Meissen et un service de 120 pièces en porcelaine de Sèvres.

Art Haute Époque et islamique
Seul marchand spécialisé exclusivement dans l’art islamique, Oliver Hoare, de Londres, participait à son tout premier salon et se disait séduit par Bâle. Il exposait notamment une magnifique collection de 60 pièces de céramique de Bamiyan, Af­gha­nistan, début XIIIe siè­cle, à 200 000 dollars.
L’art Haute Époque européen, en revanche, richement représenté par des marchands aussi divers que Julius Böhler, de Munich, Alessandro Cesati, de Milan, et la galerie suisse Rosat les Moulins, spécialiste d’objets populaires, religieux et artisanaux, avait plus de mal à intéresser les collectionneurs. Maria-Luise Hopp-Gantner, de Starnberg en Bavière, qui exposait de très belles sculptures en bois allant de la période gothique au Baroque, a fait peu de ventes. Jan Dirven, lui, s’est séparé de deux pièces majeures : une plaque en ivoire française, vers 1330-1340, représentant des scènes de chasse au faucon, et un reliquaire de Limoges, du milieu du XIIIe siècle. Philosophe, l’Espagnol Luis Elvira estimait que le salon ne porterait tous ses fruits qu’au bout de cinq ans.

Dans une section de tableaux principalement tournée vers le flamand et le décoratif, Konrad Bernheimer, de Munich, a vendu pour 950 000 deutsche­marks Dancing Amorini, de Francesco Morini. La galerie parisienne Monique Martel, seul marchand de dessins, s’est séparée d’une dizaine d’œuvres, dont un Guido Reni et un Bernardo Strozzi, tandis que la galerie Saint Martin, de Strasbourg, qui exposait des bronzes, tableaux et dessins français du XIXe siècle (dont le plâtre de Frémiet, Chauchard, le pendant du Ravachol acquis par le Musée d’Orsay en 1993), estimait que les amateurs étaient plus sensibles à l’art de l’Europe du Nord. Se félicitant d’avoir vendu cinq tableaux, les Parisiens Patrick Weiller et Philippe Heim dé­claraient : "C’est une foire d’avenir."

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°31 du 1 décembre 1996, avec le titre suivant : TEFAF s’affirme à Bâle

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