Jeudi 13 décembre 2018

ART CONTEMPORAIN

Stämpfli revient grandeur nature

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 4 octobre 2018 - 498 mots

Ressurgies des années 1960, de grandes toiles colorées de l’artiste ornent la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois comme autant d’instantanés de la vie quotidienne.
Paris. Au printemps 2017, Georges-Philippe et Nathalie Vallois montraient dans la plus petite de leurs galeries quelques œuvres de Peter Stämpfli (né en Suisse en 1937 et installé à Paris depuis 1959), comme un préambule pour annoncer leur collaboration et l’actuelle exposition, qu’ils considèrent dans les faits comme la première. À chaque fois qu’ils reprennent un artiste d’un certain âge ou disparu (Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle), les galeristes commencent par rappeler le parcours de l’intéressé de façon chronologique et remontrer des périodes plus ou moins oubliées. On en a encore l’exemple avec cet ensemble de dix-sept toiles, datées de 1963 et 1964. Autrement dit Stämpfli avant Stämpfli ; tout du moins, celui réputé plus tard pour ses peintures de voitures, puis de roues, de pneus, de traces et d’empreintes de pneus.

Il s’agit bien d’une période (quasi) inconnue de l’artiste suisse que l’on découvre au travers de ces œuvres. La plupart n’ont pas été présentées depuis l’exposition de l’artiste à la galerie Bruno Bischofberger en 1966 ; quelques-unes ont été montrées par Daniel Abadie au Jeu de paume, fin 2002-début 2003 ; certaines n’ont même jamais été montrées, soit parce qu’elles étaient dans des collections privées, soit parce qu’elles appartiennent encore à l’artiste qui ne voulait s’en séparer à aucun prix. En effet, en février 1990, l’un des bâtiments des Magasins généraux, situé quai de la Seine à Paris, où Stämpfli (ainsi que vingt autres artistes) avait son atelier a été détruit par un incendie au cours duquel il a perdu l’essentiel de ses œuvres ; sauf quelques-unes donc, qu’il a tenues à garder. Elles évoquent un tube de vernis avec des ongles, une poignée de mains, des légumes de pot-au-feu ou encore, en noir sur fond blanc, deux pieds dans des escarpins, un fer à repasser, un frigo ouvert, un lavabo… Autant d’éléments ou d’objets peints sans fard, de façon neutre, froide, silencieuse, distanciée, comme s’ils étaient détachés de leur fond. En toute logique, puisque l’artiste (qui a toujours été proche du mouvement de la Figuration narrative et également des Nouveaux Réalistes) les a au préalable tirés et découpés d’une iconographie publicitaire avant de les agrandir et de les figer dans l’espace de la toile, comme s’il les répertoriait pour faire un dictionnaire des objets (ou gestes) iconiques du quotidien, dans un esprit magnifiquement pop.

Les prix aussi sont assez « pop », puisque compris entre 160 000 et 280 000 euros. Soit une coquette somme, mais comme toujours très en dessous des prix des artistes pop américains (inconnus à l’époque par Stämpfli et auxquels certaines toiles n’ont ici rien à envier). Et puis comme le disent les Vallois : « Ce qui est rare est cher. » En faisant un syllogisme on pourrait même ajouter que ce qui est bon marché étant rare, au final ce qui est cher est en fait ici bon marché.
Stämpfli pop (1963-1964),
jusqu’au 20 octobre, galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, 33 et 36, rue de Seine, 75006 Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°508 du 5 octobre 2018, avec le titre suivant : Stämpfli revient grandeur nature

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