Mardi 18 décembre 2018

Art contemporain

Sotheby’s devance Christie’s

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 5 mars 2004 - 1092 mots

Les ventes londoniennes du mois de février ont consacré les efforts du département d’art contemporain de Sotheby’s. Face à ces nombreux records, les résultats de Christie’s ont souffert de la comparaison.

 Londres - Le 5 février, l’auctioneer Tobias Meyer semblait ravi de conduire la grande vente d’art contemporain de Sotheby’s vers des résultats inégalés, atteignant  des records pour des artistes comme Richard Hamilton (lot 26), R. B. Kitaj (lot 27), Nicolas de Staël (lot 31) et Grayson Perry (lot 50). L’ancien directeur de Christie’s France, le courtier parisien Hugues Joffre, a fait l’acquisition d’une sculpture de Lucio Fontana pour une somme étourdissante (lot 14, estimée 200 000-250 000 livres sterling et adjugée 576 800 livres, soit 855 835 euros). Le Study for a Pope VI de Francis Bacon (lot 16, illustré sur la couverture du catalogue) a échappé de peu à la bérézina pressentie par beaucoup. Seuls quatre lots sont restés sur la touche.
Cette victoire est d’autant plus belle pour Sotheby’s au vu des résultats affichés par sa fidèle concurrente. Dirigée par Jussi Pylkkänen, la vente du 4 février chez Christie’s était moins intéressante et elle a souffert du retrait d’un petit autoportrait signé Francis Bacon, fortement médiatisé bien qu’absent du catalogue. Quelques records sont toutefois à signaler : Manolo Millares (lot 27) adjugé 229 500 livres (340 490 euros) à la Ville de Grande Canarie, Malcolm Morley (lot 39), Franz Ackermann (lot 1) et Cai Guo-Qiang (lot 46).

CHRISTIE’S Londres, 4 février. Vente d’art d’après-guerre et d’art contemporain (1re partie)

Franz Ackermann, Untitled (Mental Map : Evasion III), adjugé 115 010 livres (169 588 euros, est. 35 000-45 000 livres)
L’affrontement entre le marchand londonien Nikolai Frahm et le New-Yorkais Christophe van der Weghe n’aura servi à rien : le tableau d’Ackermann a été adjugé à un enchérisseur au téléphone, pour une somme dépassant largement la moyenne des prix demandés par Neugerriemschneider, la galerie berlinoise de l’artiste, pour une œuvre comparable. Cette enchère victorieuse a pulvérisé l’ancien record de l’artiste en vente publique détenu par Untitled (Mental Map : Evasion I), issu de la même série et adjugé 29 900 livres (47 452 euros) chez Christie’s Londres, le 8 décembre 1999. La nomination de l’artiste pour le Prix Hugo-Boss 2004 du Guggenheim Museum de New York n’y est pas étrangère, mais cette adjudication considérable résulte aussi de la pénurie d’œuvres de qualité réalisées par les jeunes peintres.

Lucian Freud, Factory in North London, adjugé 2 077 250 livres (3 063 719 euros, est. 800 000-1 000 000 livres)
Annoncé comme « la propriété d’une lady », cette magnifique vue de la ville a été mise en vente par Neilly Bathurst, la veuve de David Bathurst, ancien président de Christie’s décédé en 1992. De loin la plus belle œuvre offerte dans le cadre des ventes d’art contemporain, le tableau a sans surprise atteint le plus haut prix de la soirée après une compétition entre trois enchérisseurs au téléphone. Converti en dollars (3,87 millions soit 3 013 249 euros), il se classe en troisième position des records de l’artiste en vente publique : la première place est toujours occupée par Large Interior W11, adjugé 5 832 500 dollars chez Sotheby’s New York, le 14 mai 1998.

SOTHEBY’S Londres, 5 février. Vente d’art contemporain (1re partie)

Frank Auerbach, Head of JYM II, adjugé 162 400 livres (239 531 euros, est. 60 000-80 000 livres)
Si les spécialistes du département d’art contemporain espéraient un bon résultat pour ce portrait, ils ne s’attendaient pas à un si grand succès. En effet, la première galerie d’Auerbach, Marlborough Fine Art, a offert des toiles comparables pour moins de 75 000 livres pendant plus de dix ans. L’acquéreur n’est autre que le fameux marchand de Bond Street, Richard Green, qui est à l’origine du record d’Auerbach aux enchères, une vue de Mornington Crescent adjugée 397 600 livres (574 915 euros) le 25 juin 2003 par Sotheby’s Londres (lire le JdA no 175, 29 août 2003).

Francis Bacon, Study for a Pope VI, adjugé 2 805 600 livres (4 138 163 euros, est. 2 800 000-3 200 000 livres)
Appartenant à la deuxième – et moins bonne – série des Papes, exécutée par l’artiste en 1961, et affichant une estimation téméraire, ce tableau aurait pu constituer l’un des échecs de la semaine. Grâce à l’intervention d’un seul enchérisseur par téléphone, qui a bénéficié du prix de réserve relativement bas, les experts de la maison ont non seulement été sauvés de l’embarras mais ils ont pu s’enorgueillir du plus haut prix atteint pendant cette semaine de ventes d’art contemporain. Ancienne propriété de Lord Weidenfeld, la toile aurait été mise en vente par le marchand d’art de Lugano, Massimo Martino, qui l’aurait acquise pour la moitié de son estimation basse il y a environ dix ans.

R. B. Kitaj, Value, Price and Profit, adjugé 252 000 livres (371 734 euros, est. 230 000-280 000 livres)
Abstraction faite de l’augmentation des frais pour les acquéreurs, John Austin, propriétaire de la galerie Austin/Desmond Fine Art, aura dépensé autant que Joseph Hackmey pour ce tableau.     L’homme d’affaires de Tel-Aviv l’avait acquis pour 243 500 livres (2 049 905 francs) lors de la vente de la collection de l’éditeur de livres pour enfant, Sebastian Walker, chez Sotheby’s le 30 novembre 1994 ; le marteau était également tombé à 220 000 livres.Pour paraphraser le titre de l’œuvre, la valeur du tableau reste inchangée et la maison de ventes en tire profit.

Grayson Perry, I Want To Be an Artist, adjugé 36 000 livres (53 111 euros, est. 10 000-15 000 livres)
Deux mois après la remise du Turner Prize 2003 à Grayson Perry, le propriétaire de ce vase en céramique figurant les portraits d’Andy Warhol et de Jean-Michel Basquiat a flairé la bonne affaire. En effet, Laurent Delaye, l’ancien galeriste de l’artiste, en aurait demandé 8 000 livres (12 900 euros) en 2000. Charles Saatchi a décidé de débourser une telle somme pour donner une nouvelle cote à l’artiste. Cette démarche est à replacer dans le contexte du County Hall, l’espace d’exposition du collectionneur qui bénéficie ainsi d’une certaine publicité, et de la future réévaluation des œuvres de Perry qui se trouvent déjà stockées dans ses réserves.

RÉSULTATS EN VALEUR ET EN VOLUME

CHRISTIE’S Londres, 4 février Vente d’art d’après-guerre et d’art contemporain (1re partie) 80 % en valeur 73 % en volume Total 7 991 225 livres sterling (11 782 095 euros) SOTHEBY’S Londres 5 février Vente d’art contemporain (1re partie) 94,83 % en valeur 92,86 % en volume Total 14 750 000 livres sterling (21 747 145 euros)

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°188 du 5 mars 2004, avec le titre suivant : Sotheby’s devance Christie’s

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque