Sir Elton John perd son procès

Le Journal des Arts

Le 13 juin 2003

Star de la musique pop anglaise, Sir Elton John est aussi un collectionneur averti. Du moins le croyait-il avant de découvrir que quatre statues en marbre attribuées à Luigi Grossi, acquises auprès de Jean Renoncourt à Paris, pourraient être de vulgaires copies. Le musicien vient pourtant de perdre son procès contre l’antiquaire, faute de preuves substantielles. Mais il compte interjeter appel.

PARIS - Le chanteur Sir Elton John a acquis en 1996, chez le marchand français Jean Renoncourt, quatre groupes de statues du XVIIIe siècle – représentant des héros de la mythologie – acquis pour la coquette somme de 360 000 dollars (soit l’équivalent de 1 850 000 francs de l’époque). Selon la facture, les sculptures, datées vers 1850, seraient l’œuvre de Luigi Grossi, mort en 1795. Quand Sir Elton John a demandé en 2001 au spécialiste britannique Simon Yates d’estimer les œuvres en vue de les assurer, la conclusion de l’expert a été sans appel : pour lui, elles n’étaient que des pâles copies du XXe siècle, ne valant pas plus de 7 500 euros pièce. Après cette révélation, le chanteur a attaqué en justice l’antiquaire de la rue des Saints-Pères, à Paris, pour obtenir l’annulation de la vente, mais la défense du marchand a été plutôt inhabituelle. Selon l’avocat de Jean Renoncourt, Sir Elton John n’était pas particulièrement intéressé par la datation des statues, et, en signalant sur la facture qu’elles étaient signées Luigi Grossi, le marchand voulait simplement indiquer qu’elles étaient des “œuvres réalisées dans son atelier”.

Le juge Jacques Gondrand de Robert du tribunal de grande instance de Paris a rejeté la plainte et a condamné Sir Elton John aux dépens, qui s’élèvent à environ 20 000 euros. Pour le magistrat, le chanteur n’a fourni aucune preuve, et le rapport de Simon Yates se résume à une simple analyse stylistique dénuée de preuves.

Selon l’avocat du chanteur, Me Bernard Duminy, Sir Elton John “va certainement interjeter appel”. Si aucune personne impliquée dans l’affaire n’a souhaité répondre à nos questions, un autre avocat français proche de ce dossier nous a néanmoins confié que “la loi française est très claire. Avant de pouvoir obtenir l’annulation d’une vente, vous devez avoir commandé un rapport à un spécialiste indépendant. Une personne travaillant pour l’une des parties ne peut pas être considérée comme impartiale.” François Pinault avait rencontré les mêmes difficultés lorsqu’il avait demandé l’avis d’un expert pour examiner sa statue de Sésostris (lire le JdA n° 161, 20 décembre 2002). Enfin, le tribunal a cru, par ailleurs, que Simon Yates avait simplement vu des photographies des sculptures.

L’appel ne sera pas examiné avant 2004, ce qui n’a pas empêché Jean Renoncourt d’attaquer Elton John pour dommages et intérêts. “À mon avis, Christie’s est derrière tout cela [Simon Yates a travaillé pour la maison de ventes et Me Duminy est l’avocat de la société de ventes]. C’est un secret de polichinelle : à chaque fois qu’un millionnaire se met à dépenser de l’argent pour acquérir des antiquités en France, les maisons de ventes anglo-saxonnes tentent de discréditer ce qu’ils achètent pour les attirer chez eux”, nous a déclaré l’antiquaire.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°173 du 13 juin 2003, avec le titre suivant : Sir Elton John perd son procès

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