Mardi 18 décembre 2018

Entretien

Silvia Evangelisti, directrice artistique d’Arte Fiera 2004

« Faire en sorte que les galeries internationales reviennent chaque année »

Le Journal des Arts

Le 23 janvier 2004 - 747 mots

BOLOGNE - La vingt-huitième édition d’Arte Fiera, foire d’art contemporain présidée par Luca Cordero Di Montezemolo, se tiendra dans les pavillons de Bologna Fiere du 22 au 26 janvier. Cette année, la direction artistique revient à Silvia Evangelisti, historienne de l’art et collaboratrice de notre partenaire éditorial Il Giornale dell’Arte.

 Arte Fiera ouvre ses portes au moment où le marché traverse une passe particulière. Le succès de Frieze Art Fair à Londres a fait de l’ombre à la FIAC, à Paris, et à Art Forum, à Berlin. Tandis qu’Artissima, à Turin, a ralenti le rythme, Art Basel Miami Beach a encore impressionné. Dans ce contexte, quelles sont les perspectives de la foire bolognaise ?
La position d’Arte Fiera, qui ouvre le calendrier solaire des foires, est stratégique. Contrairement à Paris ou à Turin, je pense que Bologne souffrira moins de l’influence « négative » de l’effervescence suscitée par Londres. Par ailleurs, la Frieze Art Fair a bénéficié d’un élan caractéristique à une première édition, attisant les curiosités et l’intérêt de la part même des collectionneurs italiens. Mais Arte Fiera jouit d’un large public d’aficionados qui, à mon sens, ne feront pas défaut cette année. Il est difficile de faire des prévisions sur l’évolution du marché de l’art, mais les affaires ont toujours été bonnes à Bologne, et la foire a depuis le début bénéficié de la présence d’un public vaste et passionné.

La santé des foires internationales peut-elle avoir une incidence sur celle des foires italiennes ?
Les foires italiennes font partie du circuit international et il est donc inévitable qu’elles en ressentent les contrecoups. Cependant, je ne crois pas qu’il y ait une interférence si forte entre les grands événements internationaux et les foires italiennes, notamment parce que les foires américaines se spécialisent dans un marché « autre » que le marché européen. Avec leurs spécificités, chaque manifestation dessine peu à peu une carte géographique du marché. En d’autres termes, on ne voit pas toujours les mêmes artistes et les mêmes œuvres dans toutes ces foires. En Italie, il y a une prédominance de l’art italien, tout comme la priorité est donnée aux artistes nationaux en Espagne ou en Allemagne. Sur ce plan-là, le collectionneur intéressé par un panorama international, mais avec un penchant spécifique pour l’art moderne et contemporain italien, sait bien que le lieu idéal reste Arte Fiera.

N’y a-t-il pas trop de foires ?
Certes, la prolifération incontrôlée de ces manifestations en Italie et en Europe risque de brouiller le panorama du marché de l’art, mais je crois que les galeristes et les collectionneurs sont désormais suffisamment mûrs pour faire des choix, autant sur le plan national qu’international.

Quelles sont les galeries étrangères majeures qui ont rejoint Arte Fiera en 2004?
Il y a déjà plusieurs années qu’Arte Fiera renforce, avec succès, la présence des galeries étrangères (1). L’édition 2004 accueille 200 participants dont le tiers vient de l’étranger. La Lisson Gallery et Sprovieri de Londres, Claude Bernard de Paris, et plusieurs galeries internationales proposent à Bologne de découvrir de jeunes artistes. L’important n’est pas d’obtenir, le temps d’une édition, un nombre considérable de galeries internationales, mais de faire en sorte que ces galeries reviennent chaque année, ce que le marketing définit comme une fidélisation.

Quelles sont les nouveautés majeures de cette année ?
Cette année, Arte Fiera a choisi de faire un gros plan sur Londres avec l’exposition « Tales of the City », organisée par le British Council en collaboration avec les élèves du mastère « Creative Curating » du Goldsmiths College de Londres. À travers « The Balkans. A crossroad to the future », exposition consacrée à l’art des Balkans, Arte Fiera entend désormais porter une attention particulière à l’Europe de l’Est, épicentre d’une culture dynamique. Organisée par Harald Szeemann, grand connaisseur de l’art contemporain de la région, l’exposition fait le point sur cette réalité avec les œuvres de 26 jeunes artistes, placés sous la « tutelle » de Marina Abramovic.

Quelle est la clientèle d’Arte Fiera ?
Mis à part les collectionneurs « classiques », les connaisseurs et les passionnés qui fréquentent habituellement les foires, Arte Fiera bénéficie de la présence de jeunes et de nouveaux collectionneurs, qui achètent pour la première fois. Une clientèle étrangère, publique et privée, se développe peu à peu et celle-ci est le cœur de cible des galeries, qui proposent des œuvres majeures, soit par leurs dimensions, soit par leur prix.

(1) dont les galeries françaises Claude Bernard, Magda Danysz, Di Meo, Alain Le Gaillard, Sapone et Patrice Trigano.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°185 du 23 janvier 2004, avec le titre suivant : Silvia Evangelisti, directrice artistique d’Arte Fiera 2004

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