Mardi 18 décembre 2018

Art tribal

Renaud Vanuxem déménage

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 5 mars 2004 - 455 mots

Le galeriste ouvre son propre espace à Saint-Germain-des-Prés avec une exposition inaugurale sur le thème des rapports entre le temps et la sculpture primitive.

 PARIS - Renaud Vanuxem déménage dans sa nouvelle galerie, 52, rue Mazarine (dans le 6e arrondissement parisien). L’antiquaire de 35 ans, ethnologue et anthropologue de formation, et son frère Olivier ont partagé pendant neuf ans la galerie Vanuxem au 54 de la même rue, présentant alternativement dans leur spécialité respective de l’art primitif et de la peinture moderne, ceci dans le sillage de leur père, ancien marchand de tableaux modernes dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés et collectionneur d’art africain. « Nous avons aimé la formule. Nous n’avions pas la même clientèle, la cohabitation était donc possible », proclament les deux frères d’une seule voix, concluant : « Une mutation familiale était nécessaire à terme, la galerie étant relativement petite. »L’occasion se présente cette année pour Renaud Vanuxem. Une galerie voisine se libère, celle de Jean-Pierre Laprugne, une figure de l’art primitif de la période de l’âge d’or de la Chine, qui prend aujourd’hui sa retraite. Renaud Vanuxem voit cela comme un signe, « une continuité » et se sent pousser des ailes. Le jeune marchand est devenu un antiquaire aguerri. Son accrochage inaugural est tout trouvé : il s’agit d’un projet mûri de longue date, un dialogue entre des objets de cultures africaines, océaniennes et himalayennes dans leur rapport avec le temps, ce grand sculpteur. Sont rassemblées des sculptures ravinées, remodelées par des couches successives de matières et d’onguents sacrificiels, ou mutilées volontairement dans certains buts rituels.  Elles ont pris une dimension d’universalité d’une originale beauté. « J’ai été très exigeant dans ma sélection. Car des pièces ravinées, on en trouve, mais elles ne sont pas toutes de la grande sculpture », précise le marchand. L’exposition compte une quarantaine d’objets, la plupart très anciens (du XVIe au XVIIIe siècle), qui n’ont pas été vus sur le marché depuis plus de quarante ans. Une statue Baoulé de Côte d’Ivoire témoigne, à travers les marques qui lui ont été infligées aux pieds, de son usage pour empêcher les esprits des époux de l’Au-delà de venir hanter le monde des vivants. Une grande statue mu-po de la région de Batié au Cameroun a pris avec l’âge une apparence très expressionniste tandis qu’une planche protectrice de puits du Népal, rongée par les intempéries, ressemble étonnamment à un objet Dogon et qu’un autel boli de la société secrète « Kono » des Bamanas du Mali, enduits de matières sacrificielles, semble sortir tout droit d’une grotte de Lascaux.

TIME BLESS ART

Du 12 mars au 15 mai, galerie Renaud Vanuxem, 52, rue Mazarine, 75006 Paris, du lundi au samedi 11h-13h et 14h-19h, tél. 01 43 26 03 04. Catalogue.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°188 du 5 mars 2004, avec le titre suivant : Renaud Vanuxem déménage

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