Vendredi 23 octobre 2020

Photographie

Ralph Gibson le somnambule

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2020 - 454 mots

PARIS

La galerie Thierry Bigaignon réédite « The Somnanbulist », l’ouvrage et livre d’artiste qui fit connaître le photographe américain il y a cinquante ans, et les photos qu’il contient.

Paris. Quand Ralph Gibson (né en 1939) réalise les photographies de la série qui prendra en 1970 le nom de « The Somnambulist » (« Le Somnambule »), l’ambition du photographe américain est de produire un livre au langage neuf. L’ancien assistant de Dorothea Lange puis de Robert Frank réside depuis 1966 à New York, au fameux Chelsea Hotel. La brève introduction de l’ouvrage, adressée au « Gentle reader » (au gentil lecteur), explique le sujet : « Une séquence de rêve dans laquelle tout est réel. Peut-être même plus encore. Pendant son sommeil, un rêveur réapparaît ailleurs sur la planète, se dupliquant en au moins deux hommes. Ses rêves endormis procurent la substance de cette réalité tandis que ses rêves éveillés deviennent ce qu’il pensait être sa Vie. »

De son autoportrait en train de dormir au triangle très suggestif formé par la rencontre des lignes du plafond et des murs de la chambre qui conclut le livre, le rêve en noir et blanc se développe sous la forme d’une suite décousue de scènes ou de portraits disparates : une main tenant un stylo-plume s’apprêtant à écrire sur un ciel nuageux surplombant un paysage de neige ; une femme assise dans un fauteuil, à la silhouette en partie coupée, une cigarette à la main ; un homme minuscule face à un cyprès géant… D’une photographie à l’autre se perçoivent les influences du surréalisme, de Robert Frank, du Nouveau Roman, du cinéma d’Hitchcock ou encore de la Nouvelle Vague.

Retirage et rééditions

La publication en 3 000 exemplaires du livre pour lequel il créa les éditions Lustrum Press a connu un succès immédiat et fait passer son auteur de l’ombre à la lumière. Pour les 50 ans de « The Somnambulist », Ralph Gibson a accepté la proposition du galeriste parisien Thierry Bigaignon de procéder à un retirage en trois exemplaires de l’ensemble de ses 48 photographies au format du livre, 20 x 25 cm (2 900 € pour les deuxième et troisième exemplaire). Le premier se présente sous la forme d’un coffret édité pour l’occasion comprenant les 48 photos, une édition originale du livre (1970) et sa nouvelle édition. L’ouvrage a aussi été réédité en cinquante exemplaires (150 € pièce) – ce dernier se distingue par une photo de couverture différente pour chaque exemplaire et une traduction en français du texte de Ralph Gibson.

Les photographies exposées dans la galerie suivent la chronologie du récit. Les quatre grands tirages en couleur réalisés ces dernières années et vendus 16 500 euros pièce (édition de 7) rappellent l’évolution du travail vers des compositions encore plus graphiques, voire abstraites.

Ralph Gibson. The Somnambulist, 50e anniversaire,
jusqu’au 31 octobre, galerie Thierry Bigaignon, 9, rue Charlot, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°553 du 16 octobre 2020, avec le titre suivant : Ralph Gibson le somnambule

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