Pour un nouveau regard sur Chagall

La galerie Boulakia, à Paris, expose ses années méditerranéennes

Le Journal des Arts

Le 16 mai 2003 - 634 mots

Souhaitant apporter sa contribution
au nouveau regard sur l’œuvre de Marc Chagall, qu’encourage la rétrospective \"Chagall connu et inconnu\" du Grand Palais (lire le JdA n° 186, 4 avril 2003), la galerie Boulakia, à Paris, présente une trentaine d’œuvres de l’artiste. L’exposition se concentre principalement sur les années méditerranéennes du peintre.

PARIS - “Nous voulions organiser une exposition sur Chagall en même temps que le Grand Palais, explique Daniel Boulakia, de la galerie éponyme à Paris. C’était important car je crois que les gens posent sur son œuvre un regard galvaudé. Les tableaux de Chagall semblent immédiats et faciles alors que son univers est très riche, et nous voulions contribuer à faire évoluer le regard du public.”

Pour ce faire, la galerie Boulakia a réuni une trentaine d’œuvres, tableaux, céramiques et gouaches, un panorama quasi exhaustif de l’univers et des sujets de Chagall. La plupart de ces pièces ont été réalisées après l’exil américain imposé à l’artiste par la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1950 et durant trente-cinq ans, Chagall vit dans le sud de la France, d’abord à Vence puis à Saint-Paul-de-Vence, en compagnie de sa seconde épouse Vava. Dans l’intimité de son atelier, le peintre, déjà âgé puisqu’il est né en 1887, est très productif. Il est aussi curieux de nouveaux moyens plastiques et découvre, dans la proximité de Picasso, la céramique, puis s’initie à la sculpture, à la mosaïque, à la tapisserie, au vitrail… Autant de nouveaux modes d’expression qui lui permettent de toujours explorer plus avant son univers imaginaire et iconographique. Couples d’amoureux, de mariés, bouquets de fleurs, scènes de cirque, paysages français et russes, folklore yiddish slave, sujets bibliques, sont au nombre des thèmes qui nourrissent son œuvre et auxquels il ne cesse de donner de nouvelles interprétations.

Bouquet de fleurs et violoniste, réalisé en 1930, est l’une des toiles les plus anciennes figurant dans l’exposition. Un généreux bouquet y est encadré par la figure d’un petit violoniste et d’une chaise, les disproportions entre les éléments et le personnage rappellent les œuvres du peintre dans les dernières années russes. Très nocturne, Le Quai de Bercy est un tableau à la composition rigoureuse et au symbolisme puissant. Peinte en 1953, la toile fait partie d’une série de vingt-neuf tableaux exposée par Aimé Maeght l’année suivante et intitulée “Hommage à Paris”. L’Étude pour le nu rouge est une œuvre à la force saisissante et à l’iconographie complexe. Le motif central, dont la couleur et l’agencement évoquent les flammes, entremêle un coq, un couple d’amoureux et un bouquet. Tout aussi surprenante, la Scène de ferme de 1963 présente dans une facture de touches épaisses et vives agencées de manière presque abstraite des animaux de basse-cour, parmi lesquels le coq prédomine, dans des couleurs quasi expressionnistes. Un tableau de grand format, Le Fils prodigue, trouble par la mélancolie qu’il dégage. L’artiste choisit un sujet biblique qu’il illustre avec des personnages issus de son enfance russe. Le contexte même de la scène, allusion à Vitebsk, sa ville natale, la figure du père – tenant à la fois du sage et du rabbin – ainsi que les tonalités grises : autant d’éléments qui incluent cette œuvre dans la tradition orale yiddish dont le peintre est issu. D’autres toiles, comme Les Mariés sur fond bleu, Couple au-dessus de Saint-Paul, Les Mariés sous le baldaquin ou Les Fleurs semblent plus légères de sens et exaltent les couleurs de Chagall. Les cinq gouaches de l’exposition sont proposées dans une fourchette de prix allant de 100 000 à 300 000 euros, tandis que les prix des vingt tableaux varient de 200 000 euros à 1 million d’euros.

MARC CHAGALL

Jusqu’au 30 juin, galerie Fabien Boulakia, 10 avenue Matignon, 75008 Paris, tél. 01 56 59 66 55, du lundi au samedi 10h-13h 14h30-19h. Catalogue édité par la galerie, 80 p.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°171 du 16 mai 2003, avec le titre suivant : Pour un nouveau regard sur Chagall

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