Pierre Paulin, aux Champs-Élysées

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 17 décembre 2010 - 742 mots

Depuis l’exposition à la galerie des Gobelins et la vente chez Artcurial, en 2008 sur les Champs-Élysées, la cote de ce designer apprécié au palais de l’Élysée a grimpé.

Peu de designers peuvent se targuer d’avoir servi des présidents de droite puis de gauche. C’est le cas du Français Pierre Paulin, qui fut choisi par Georges Pompidou pour meubler l’Élysée de 1969 à 1972, puis par François Mitterrand, de 1984 à 1989. Pour le premier, il produisit un mobilier d’avant-garde, pour le second, des meubles plus tempérés et classiques. Décédé en juin 2009, Paulin n’avait toutefois rien de l’artiste officiel. 

Un possible marché 
D’abord tailleur de pierre, puis céramiste, il entre comme dessinateur chez Gascoin. Marqué par le fonctionnalisme scandinave et l’épure japonaise, Paulin choisit de créer un mobilier simple, ergonomique et durable. Des préceptes propres à l’après-guerre. Si les années 1950 avaient été marquées par la rigueur des bibliothèques et des tables, les années 1960 prennent le parti du confort et marquent le règne de l’assise. Technicien hors pair, Paulin crée avec la firme hollandaise Artifort des formes généreuses, enveloppantes, culottées aussi, comme les chaises Tongue ou Ribbon, garnies de jerseys aux couleurs éclatantes ou psychédéliques. Une vraie révolution au regard d’une production française très bon teint.
Son honnêteté intellectuelle et son refus de toute starisation expliquent des prix encore relativement abordables, malgré la grande campagne de revalorisation orchestrée en 2008 par une rétrospective à la galerie des Gobelins, suivie d’une vente chez Artcurial. « Malgré la fougue de ses quatre-vingts printemps, on ne peut l’imaginer ni super jeune, ni super ludique, ni super Pop. Ni fun et encore moins vintage. Les superlatifs ne lui correspondent tout simplement pas, il les considère comme des fautes de goût, des inexactitudes, des exagérations propres à l’esprit du temps et aux phénomènes de mode », écrivait ainsi la critique d’art Élisabeth Védrenne dans le catalogue de la vente d’Artcurial. Néanmoins, à la différence de Roger Tallon et d’Olivier Mourgue, Paulin dispose d’une production suffisamment ample pour permettre de constituer un marché. 

Une belle marge de progression 
En 2000, le marchand Guillaume de Casson fait un carton avec une exposition Paulin organisée à la galerie Alain Gutharc. Il faut dire que les prix étaient alors dérisoires. Un bureau à caisson stratifié noir de 1953 valait 2 500 francs. Lors de la vente organisée par Artcurial en 2008, le même spécimen est parti pour 8 700 euros ! « Il y a une marge de progression possible pour les prototypes ou sur des modèles spécifiques comme les fauteuils, canapés et tables basses Élysée édités en série limitée par Alpha International, ou sur les appliques, car il n’en a fait qu’une trentaine de paires », confie le marchand parisien Matthias Jousse. Chez Artcurial en 2008, le prototype de la bibliothèque Élysée, issu de la collection personnelle de Paulin, a triplé son estimation pour atteindre 111 500 euros. Pour un modèle aussi rare que le siège articulé baptisé Déclive, dont un exemplaire se trouve au Centre Pompidou, la galerie Jousse exigeait 320 000 euros lors de sa dernière exposition. Un prix auquel les amateurs de Paulin ne sont pas encore habitués. « Quelque part, la Tente réalisée pour les salons d’Artifort ou la Déclive n’ont pas de prix », indique Jousse.
Malgré quelques avancées, le marché de ce créateur reste freiné par une grosse production parfois inégale. Car tout n’est pas renversant. Les rééditions sèment aussi la confusion. « Les redditions posent toujours problème. Si on retapisse une pièce ancienne d’Artifort, par exemple, elle perd tout de suite en valeur, car le modèle est toujours en production, indique Matthias Jousse. Quand je propose un canapé trois places ABCD d’origine à 6 000 euros, et que la réédition est à 3 000 euros, c’est problématique. À ce prix-là, les gens veulent quelque chose que tout le monde n’a pas. »

Repères

Modèle Élysée (1972) C’est le modèle caractéristique de Paulin, de la même manière que le salon Ours polaire l’est pour Jean Royère. Il s’agit d’une toute petite édition sur deux ans. Il existe environ 80 à 100 fauteuils Élysée.

Ribbon Chair (1966) Produit par Artifort, ce modèle qui reprend la forme du ruban plié a été gratifié en 1969 du Chicago Design Award. Comme il est toujours édité, ses prix du coup ne peuvent pas monter en puissance.

Mushroom Chair (1963) Édité par Artifort, ce fauteuil n’a pas une forme révolutionnaire, mais se caractérise plutôt par un confort extrême.

Questions à ... Guillaume de Casson - Galeriste parisien

Comment le public percevait-il Pierre Paulin lorsque vous l’avez présenté en 2000 chez Alain Gutharc ?
Les gens regardaient ça comme du mobilier rigolo qu’on n’achète pas. Après l’exposition réalisée par les Gobelins, les gens se sont dit : « C’est important, muséal, donc on ne peut pas avoir ça chez soi ! » Ce sont les deux extrêmes du paradoxe français !

La vente d’Artcurial a-t-elle changé son marché ?
Elle a permis de rassurer les collectionneurs en se disant qu’ils n’étaient pas seuls. Le marché de Paulin est sérieux, il ne décolle pas vite. Un fauteuil Élysée à 10 000 euros, c’est encore un petit prix. Il y a dix ans, cela valait 5 000 francs. On a fait du chemin, mais il y a une marge de progression possible.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°631 du 1 janvier 2011, avec le titre suivant : Pierre Paulin, aux Champs-Élysées

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