Bibliophilie

Nos très chers surréalistes

Le Journal des Arts

Le 14 mai 2004 - 520 mots

Christie’s a obtenu un franc succès avec la première vente de la collection de livres de Daniel Filipacchi.

 PARIS - Événement autant mondain que bibliophile, la première des trois ventes de la bibliothèque Daniel Filipacchi, organisée par Christie’s le 29 avril, a aussi été un succès commercial. Un total de 5,96 millions d’euros a été réuni pour les 175 lots vendus. L’estimation globale s’était élevée à 5 millions d’euros pour les 205 lots proposés. Plusieurs records du monde ont été décrochés grâce aux enchères bien réparties entre les collectionneurs spécialisés en livres et manuscrits surréalistes (présents dans la salle ou enchérissant au téléphone), les marchands internationaux et les courtiers. Un collectionneur au téléphone a dépensé, à lui seul, presque 800 000 euros, en acquérant, entre autres, trois lots parmi les « Top ten ». Cet amateur anonyme a alloué 294 250 euros pour le lot estimé le plus précieux de la vacation (250 000-350 000 euros), les Lettres de guerre de Jacques Vaché, que le précurseur du surréalisme avait adressées à André Breton, Théodore Fraenkel et Louis Aragon.
Un autre inconnu ouvrira bientôt le livre phare de la bibliothèque Filipacchi. Après une petite bataille feutrée entre plusieurs téléphones et des ordres donnés à l’expert de la vente, le libraire Jean-Claude Vrain, l’enchérisseur au téléphone a accordé 349 250 euros, un nouveau record du monde, pour Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien. Cet ouvrage illustré par Sonia Delaunay-Terk, dans la pochette peinte par l’artiste, protégé par une petite boîte de Paul Bonet, est l’exemplaire numéro 1 sur parchemin, signé de la main droite de Cendrars, avant l’amputation de celle-ci.
Le libraire Dominique Laucournet avait un bon d’ordre pour Le Carnet à dés de Max Jacob, un des 14 exemplaires avec le frontispice à l’eau-forte de Pablo Picasso. Enrichi de 20 poèmes inédits, cet exemplaire a aussi atteint un record du monde à 283 250 euros. Dominique Laucournet a également acheté le texte de Paul Éluard, À toute épreuve, avec les bois de Joan Miró, pour 261 250 euros. Le libraire argentin Victor Aizenman s’assurait l’exemplaire de Man Ray des poèmes réunis sous le titre Facile de Paul Éluard (numéro 2 sur 5 hors commerce), avec les sublimes photographies de Man Ray, truffé de tirages originaux, pour une adjudication de 261 250 euros. Victor Aizenman a été d’ailleurs un des grands acheteurs de cette vente, gardant toujours son calme, même aux moments où François Curiel au marteau a essayé de faire monter les prix à toute vitesse. Réflexion posée également de la part du grand collectionneur Paul Destribats, qui a ici complété son immense bibliothèque d’une bonne douzaine d’ouvrages. Le jeune libraire parisien Bertrand Meaudre s’est révélé assez actif, suivi par ses collègues, le Londonien Max Reed, le Suisse Flühmann, ou le Parisien Arenthon.
La vente a été attentivement observée par des conservateurs de musées tels que Germain Viatte, Didier Schulmann ou le grand spécialiste du surréalisme et ex-directeur du Musée national d’art moderne Werner Spies, des commissaires-priseurs et experts, tous présents dans la salle. Daniel Filipacchi, assez inquiet avant la vacation, peut se rassurer : la suite des ventes est assurée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°193 du 14 mai 2004, avec le titre suivant : Nos très chers surréalistes

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