À New York, les ventes d’art contemporain au beau fixe

Les trois maisons de ventes ont encore enregistré des enchères records

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 14 juin 2002

Le marché de l’art contemporain a encore atteint des sommets à New York lors des ventes qui ont eu lieu trois jours d’affilée, du 13 au 16 mai. Les résultats obtenus dans les salles des ventes de Christie’s, Sotheby’s et Phillips, de Pury & Luxembourg dépassent largement les prix en galeries. Aussi, de nombreuses pièces étaient proposées à la vente par des marchands qui espéraient profiter au mieux des enchères. Qu’un professionnel aussi aguerri que le Bâlois Ernst Beyeler puisse demander à ses concurrents de réaliser de grosses ventes pour son compte en dit long sur la mainmise des maisons anglo-saxonnes sur le marché. Bilan de ces spectaculaires résultats new-yorkais.

Phillips, de Pury & Luxembourg
Pour leur vente, Simon de Pury et ses collaborateurs ont lancé un défi audacieux construit autour d’un groupe complet de ready-made de Marcel Duchamp, édités par Arturo Schwarz en 1964. Ces pièces, qui appartenaient autrefois à ce marchand de Milan et qui présentent des inscriptions personnelles laissées par l’artiste, auraient été mises en vente par une institution suisse à laquelle la maison de ventes aurait accordé une garantie qui s’élèverait à quelque 15 millions de dollars. Si ce chiffre, dont la presse s’est amplement fait l’écho sans qu’aucun démenti n’ait été opposé, s’avère exact, la maison de ventes aura une fois encore fait un mauvais calcul : les quatorze lots ont à peine généré 5,17 millions de dollars. Ces pièces n’ont pas déclenché la bataille attendue d’enchères. Leur valeur établie sur le marché aussi bien que leur inscription dans l’histoire de l’art sont indéniables et la décision de De Pury de les proposer à l’occasion d’une vente d’art contemporain était d’une certaine manière assez provocante. Les collectionneurs de Warhol, Koons et Cattelan, pour qui acheter des pièces de Duchamp aurait pu être dans l’ordre des choses, n’ont pas saisi l’occasion. Malgré leur intérêt, mis en valeur à grands frais dans le superbe catalogue édité par Simon de Pury, les ready-made n’ont peut-être pas ce petit plus visuel, si recherché sur un marché captivé par le pouvoir charismatique de l’image.

Christie’s
Christie’s a modifié il y a quatre ans l’organisation habituelle de ses ventes. Les œuvres de l’Expressionnisme abstrait et du Pop’Art ont cessé de porter le label “contemporain” traditionnel, pour être regroupées dans la catégorie “art du XXe siècle”. La maison a par la suite affiné sa classification en les intégrant dans un catalogue “après-guerre”. Quelle qu’ait été la justification intellectuelle de cette décision, le coup de marketing a échoué et, pour cette vente, les deux domaines complémentaires étaient à nouveau réunis lors d’un événement unique. Les résultats ont été ahurissants, presque déplacés, tant les nouveaux records se sont enchaînés, l’auctionneer Christopher Burge prenant les enchères qui fusaient des quatre coins de la salle des ventes.

Sotheby’s
Tobias Meyer et Laura Paulson avaient élaboré un catalogue condensé de pièces de qualité qui se sont bien vendues, même si elles n’ont pas su générer l’excitation qui accompagnait l’atmosphère électrique palpable chez Christie’s le soir précédent. Deux malheureux accidents de parcours ont entravé les résultats finaux : une peinture insolite de Francis Bacon (lot 41) déjà connue sur le marché en raison de sa présentation antérieure par le marchand londonien Harry Blain, et un Rothko peu attrayant (lot 46) doté d’une estimation irréaliste.

Les différences sont généralement ténues entre Christie’s ou Sotheby’s lorsque les maisons de ventes cherchent à attirer des pièces dans leurs ventes. Mais pour cette toile, propriété du batteur du groupe Metallica, Lars Ulrich, le choix a été plus simple puisque Sotheby’s avançait une estimation de 2 millions de dollars contre 3-5 millions de dollars pour Christie’s . Le résultat a surpris les sceptiques, prouvant qu’une toile de Basquiat peut atteindre les 5 millions de dollars.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°151 du 14 juin 2002, avec le titre suivant : À New York, les ventes d’art contemporain au beau fixe

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