Samedi 17 novembre 2018

Monique Barbier-Mueller, collectionneuse, codirectrice du Musée Barbier-Mueller à Genève

«Ma vraie passion concerne l’inventivité de l’homme »

Le Journal des Arts

Le 8 janvier 2008 - 613 mots

Pour le grand public, votre nom est associé au Musée Barbier- Mueller de Genève qui contient
une des plus grandes collections d’objets d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Revendiquez- vous cette filiation ?
Pas question de me dissocier de ce musée. À la base, la collection commencée par mon père vers 1920 est élargie par mon mari, depuis toujours fasciné par l’art primitif et antique. C’est sur son initiative que le musée a été créé. Dans ma famille il y avait toujours une tradition de discrétion, question de génération. Vous collectionnez et vous intéressez à l’art moderne, l’art africain, l’art suisse, l’art contemporain, les textiles. Quelle est votre vraie passion ? Ma vraie passion concerne avant tout l’inventivité de l’homme dans toutes les expressions de l’art, de l’Antiquité à nos jours. Pourquoi se spécialiser ? L’art contemporain m’intéresse parce qu’il s’ouvre sur l’avenir et ce qui est actuel, mais la modernité existe à chaque époque.

C’est votre père, Josef Mueller, qui au début du XXe siècle, à Soleure, a décidé de collectionner de l’art moderne et primitif. Comment tout cela a-t-il commencé ?
Adolescent, mon père a eu la chance de rencontrer un collectionneur d’avant-garde. Lui-même était encore étudiant quand il a acheté son premier tableau de Cuno Amiet (1868-1961) dans une exposition.

Vous souvenez-vous de votre premier achat ?

C’était un objet précolombien, une bêtise. J’avais quinze ans et nous étions dans une salle de ventes de Drouot, lorsque j’ai fait un faux mouvement. Après je n’ai pas osé dire que je n’avais pas misé.

Avez-vous toujours autant d’enthousiasme à voyager, visiter les
musées et les galeries ? Quels sont
vos pays de prédilection et vos
musées préférés ?
J’aime voyager sans avoir de pays de prédilection. Chaque pays représente une nouvelle façon de comprendre la vie, avec sa grandeur et son originalité. Se priver de l’un au profit de l’autre serait trop dommage. J’ai toujours envie de voir ailleurs. Ma préférence pour le Mali et le Togo tient au fait que ce sont des pays francophones, ainsi j’évite l’interprète et les fautes de traduction. Le musée que j’aime particulièrement est celui de la Fondation Beyeler à côté de Bâle, en Suisse. On y présente des oeuvres recherchées avec soin et les expositions ne sont jamais immenses. L’environnement du musée et l’architecture de Renzo Piano sont une pleine réussite. Au fond, c’est comme une espèce de fête qui est à chaque fois renouvelée. La Fondation Beyeler ne rivalise pas avec les grandes mises en scène des musées internationaux, mais il y a toujours une garantie de qualité.

Que pensez-vous du Musée du quai Branly ?
Le musée a été ouvert au moment où j’ai dû subir une opération. J’ai assisté à l’ouverture sans pouvoir vraiment visiter l’ensemble. Je suis certaine qu’il s’agit d’un très beau bâtiment et d’une collection de qualité. Je suis moins persuadée qu’il soit facile d’utiliser l’espace réservé à la collection. De plus, il ne faut pas oublier le pavillon des Cessions au Louvre qui continue de proposer d’excellentes expositions d’art primitif. Nul doute qu’avec le temps, les conservateurs du Musée du quai Branly apprendront à gérer les espaces.

Quelle place donnez-vous aux maisons de ventes aux enchères aujourd’hui, plus particulièrement dans le cadre de l’art d’après-guerre et contemporain ?
Aujourd’hui, l’activité des maisons de ventes aux enchères a explosé et l’on ne peut plus les ignorer. Elles ont changé la relation des acheteurs avec le monde de l’art. Pourtant, l’accélération de ce phénomène est parfois difficile à vivre. Les moyens financiers nécessaires deviennent tellement considérables qu’ils excluent certains collectionneurs potentiels. Néanmoins, il existe des oeuvres plus modestes qui ont tout leur intérêt, donc il est encore possible de collectionner si on le souhaite vraiment.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°250 du 5 janvier 2007, avec le titre suivant : Monique Barbier-Mueller, collectionneuse, codirectrice du Musée Barbier-Mueller à Genève

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