Mercredi 21 février 2018

Minimalisme

Par Roxana Azimi · L'ŒIL

Le 21 août 2007

L’économie de moyens et la rigueur esthétique du minimalisme américain rallient les suffrages. Certains prix flirtent même avec les sommets atteints par les artistes du Pop Art.

Surface plane, forme du support et propriété des pigments : tels sont les postulats de la peinture pure, minimale, définie par le critique d’art américain Clement Greenberg. « Il n’y a aucun désir de transcender le physique pour atteindre le métaphysique ou le métaphorique. La chose n’est pas censée signifier autre chose que ce qu’elle est, ou suggérer autre chose qu’elle-même », observe la critique d’art Barbara Rose.
Cet art pour l’art, réduit à ses qualités élémentaires, a séduit de nombreux collectionneurs comme Anton Herbert, Panza Di Biumo, Charles Saatchi ou encore François Pinault. Les prix ont progressé sans coup de force, mais de manière continue depuis quinze ans. Ils commencent même à taquiner les sommets atteints par les artistes du Pop Art.

La peinture autonome
À la fin des années 1950, Frank Stella se concentre sur l’ABC de la peinture, sans pour autant se priver de toute émotion. « La rencontre avec l’œuvre doit être une expérience convaincante et affective.
Sinon, ce n’est pas une bonne peinture, et encore moins une grande peinture », observait l’artiste. Une peinture noire de 1959 sillonnée d’une grille blanche s’est adjugée pour le prix record de 5 millions de dollars chez Sotheby’s en 1989.
Tout aussi précurseur, Agnès Martin a réduit son langage dès 1957 à une fine grille de lignes fragiles. « La présence recherchée et obtenue par Martin a peu de rapport avec un quelconque impact physique ou optique. Elle tire plutôt son énergie des sources profondes et méditatives qui ont nourri certains de ses condisciples comme Rothko et Newman », observe l’historien Daniel Wheeler. Sur la Foire de Bâle en 2005, François Pinault avait acquis un petit tableau de 1962 pour la somme de 600 000 dollars.

L’envolée de la sculpture
Parallèlement se développe dans les années 1960 une sculpture minimale, composée de volumes sériels et géométriques. Donald Judd produit alors des sculptures composées d’arrangements de boîtes fabriquées industriellement. Ces unités répétées et identiques abolissent toute hiérarchie traditionnelle. En 1989, un alignement de cubes en aluminium datant de 1972 se vendait pour 242 500 dollars chez Christie’s. Quatorze ans plus tard, il fallait compter 847 500 dollars pour une suite comparable. En mai dernier, les pièces de la Fondation Judd, pour la plupart tardives, ont enregistré des prix conséquents. Une pièce monumentale de 1993 a même décroché 2,7 millions de dollars.
Des embardées similaires s’observent pour les tapis modulaires de Carl Andre. Un jeté en zinc issu de la collection
Gilman Paper se négociait pour 60 500 dollars en 1987. La barre est passée à plus de 400 000 dollars en 2002. En 2005, François Pinault établissait une autre cote en achetant pour 7 millions de dollars une mer métallique composée de 1 296 plaques de métal.

Flavin, Judd, Andre et les autres
Considéré comme le romantique du minimalisme, Dan Flavin, à l’affiche du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, utilise des tubes fluorescents dont les longueurs et les couleurs créent des structures primaires. En novembre 2004, sa fameuse série de Monument to Tatlin, éditée à cinq exemplaires, est partie pour 735 500 dollars chez Christie’s. Ironiquement, deux spécimens étaient proposés un mois plus tard sur Art Basel Miami pour seulement 600 000 dollars !
Derrière Carl Andre, Judd et Flavin, d’autres minimalistes se frayent une place au soleil. Même si les œuvres historiques de Sol LeWitt valent moitié moins que celles du trio de tête, une réhabilitation est en cours. La vente de la collection Vera List chez Sotheby’s en novembre 2003 lui a permis de passer le cap des 200 000 dollars.
Dans la foulée, le regard se porte aussi vers les minimalistes plus marginaux comme Fred Sandback, réhabilité dans la nouvelle présentation du MoMA à New York. Celui-ci reste encore abordable autour de 50 000 dollars.

Repères

Carl Andre (né en 1935)
Inspiré par les jeux modulaires de Brâncusi, cet artiste est réputé pour les tapis métalliques que le spectateur doit fouler afin d’en appréhender la matérialité.

Dan Flavin (1933-1996)
Ce créateur travaille exclusivement avec des tubes fluorescents blancs ou de couleur dès 1963. Ces œuvres constituent souvent l’unique source lumineuse de l’endroit où elles sont exposées.

Donald Judd (1928-1994)
Cet artiste s’attache au concept « d’objet spécifique », en d’autres termes des volumes simples, composés souvent de boîtes en bois ou en métal peint, réalisés par des entreprises industrielles.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°583 du 1 septembre 2006, avec le titre suivant : Minimalisme

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