Dimanche 9 décembre 2018

Londres : la saison redémarre en fanfare

Les ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain ont effacé les mauvais résultats de 2016

Par Éléonore Thery · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2017 - 1146 mots

LONDRES - Quel signal allaient envoyer les ventes de Londres au marché ? La réponse était fort attendue, après une année 2016 morose.

Le test fut réussi haut la main pour l’art tant impressionniste et moderne que contemporain. Le report de dates, en mars plutôt qu’en février, a donné un coup de pouce en permettant aux maisons de gagner du temps pour boucler les catalogues. Ce décalage dû au Nouvel An chinois est également un indice du poids pris par la clientèle asiatique. Autre facteur favorable, une livre sterling affaiblie par le Brexit, offrant des prix plus attractifs aux acheteurs.

Les vacations d’art impressionniste, moderne et surréaliste qui ouvraient la saison ont obtenu de très bons résultats. Le cumul des ventes du soir de Christie’s et Sotheby’s est en hausse de 75 % (331,5 M£ ; 377,6 M€) par rapport à 2016, revenant peu ou prou au niveau de 2015. « Le signal est encourageant, ces résultats continuent sur la lancée de la fin 2016. Cela reflète la rigueur des estimations », explique Thomas Seydoux, conseiller en art.

Du côté de l’art contemporain, ce même total a augmenté de 68 % (214,4 M£ ; 244,2 M€), retrouvant le niveau de 2014. « La semaine passée était le premier véritable test pour le marché contemporain en 2017, et tous ses indicateurs ont prouvé qu’il est en très bonne santé », commentait Alex Branczik, responsable de l’art contemporain en Europe chez Sotheby’s. Dans toutes ces disciplines, les taux de vente ont oscillé entre 89 et 95 %, témoignant d’une demande très dynamique.

Sotheby’s

Chez Sotheby’s, 194,7 millions de livres sterling (227,6 M€) ont été totalisés lors des deux ventes d’art impressionniste et moderne, puis surréaliste. Ce résultat, dans la fourchette haute de l’estimation, signe le meilleur volume de ventes jamais atteint par la maison à Londres. Le lot phare de cette saison, Bauerngarten (1907) de Klimt, présenté par un collectionneur canadien, qui l’avait acquis 3,7 millions de livres en 1994, a été vendu 48 millions de livres (54,6 M€) à un Asiatique. « Cela témoigne du fait que la clientèle asiatique, jusque-là concentrée essentiellement sur l’art impressionniste, évolue vers des œuvres plus modernes, plus sophistiquées », indique Thomas Seydoux. Opportunément, les médias américains avaient révélé il y a quelques semaines la vente par l’animatrice star Oprah Winfrey de son Portrait d’Adèle Bloch-Bauer II (1912), du même Klimt, lors d’une transaction privée, pour quelque 150 millions de dollars (140 M€).

Parmi les enchères les plus remarquables de Sotheby’s figurait aussi le beau Plant de tomates, nature morte réalisé par Picasso pendant la Seconde Guerre mondiale ; il a été cédé 17 millions de livres (19,3 M€). La vente d’art surréaliste qui suivait, vidée de sa substance par le retrait d’une toile de Dalí, n’a en revanche pas brillé. Organisée une semaine plus tard, la vacation dévolue à l’art contemporain totalisait 118 millions de livres (136 M€), un montant au-delà de son estimation. Le lot star, un grand format de Jean-Michel Basquiat de 1982, a manqué son estimation, de 14 à 18 millions de livres : l’œuvre étant garantie par Sotheby’s, la société a perdu de l’argent sur cette opération. Ce sont les Allemands qui ont rayonné lors de cette soirée, comptant pour 35 % du montant total de la vente, notamment Gerhard Richter avec un grand paysage d’icebergs (17,7 M£ ; 20,1 M€) ou Georg Baselitz.

L’ensemble de ces ventes avait pour point commun de nombreuses garanties (8 pour la seule vente d’art impressionniste et moderne). Souvent partagés entre Sotheby’s et un tiers, ces montages financiers complexes sont soutenus par la nouvelle équipe issue du rachat d’Art Agency, Partners il y a un an.

Christie’s
Usant de ce mécanisme avec parcimonie, Christie’s totalisait quant à elle 136,8 millions de livres (160,1 M€) pour ses ventes d’art impressionniste, moderne et surréaliste. Magritte a obtenu de beaux succès, établissant un nouveau record avec La Corde sensible (1960), partie à 14,4 millions de livres (16,4 M€). Mais le plus haut prix de la soirée est allé à une toile de Gauguin, Te Fare (la maison), adjugée 20,3 millions de livres (16,5 M€, est. 12 à 18 M£). La toile – comme trois autres le même soir, toutes dépourvues de garanties – était mise en vente par le trust du milliardaire russe Dmitry Rybolovlev, connu pour le procès qui l’oppose à Yves Bouvier. C’est également le cas du Rothko (1949), No 1, dans les orangés et bleus, star de la vente d’art contemporain de la maison une semaine plus tard. Alors que l’homme d’affaires l’aurait achetée 36 millions de dollars (24 M€) en 2008 (selon l’agence de presse américaine Bloomberg News), la toile s’est vendue 10,7 millions de livres (12,1 M€). « Le Gauguin et d’autres ont fait leur prix, pas plus. Cette triste affaire n’a pas aidé, la provenance ne fait pas rêver ; par ailleurs, plusieurs de ces œuvres, dont le Magritte, ont beaucoup circulé. Étant donné les pertes encaissées, je m’interroge sur la motivation de leur mise en vente, car elles auraient certainement été vendues à plus haut prix dans dix ans. Était-ce pour prouver au juge qu’il les avait payées trop cher ? », confie Thomas Seydoux.

Le même soir, Cobourg 3 1 More (1994), une peinture quasiment abstraite de Peter Doig, trouvait preneur à 12,7 millions de livres (14,4 M€, est. 8 à 12 M£) alors qu’une toile de Dubuffet de 1963 issue du cycle de l’« Hourloupe » était cédée 10 millions de livres, dans le haut de l’estimation. Christie’s totalisait ainsi 96,4 millions de livres (111 M€) lors de cette vente. Peut-on alors conclure de cette saison londonienne que l’orage est passé ? « Tout dépend à quelle vitesse vont revenir les garanties et les estimations trop élevées. Il est intéressant de constater que les corrections du marché se sont opérées très rapidement : avant, le phénomène pouvait s’étaler sur trois ou quatre ans, cette année, cela n’aura duré que six mois », conclut le conseiller.

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

Christie’s, art impressionniste et moderne, art surrÉaliste, ventes du soir, le 28 février 
Résultat : 136,8 M£ (160,1 M€)
Art impressionniste et moderne : 94,3 M£
Art surréaliste : 42,6 M£
Estimation : 100-145 M£
Taux de vente : 92 %

Sotheby’s, art impressionniste et moderne, art surrÉaliste, ventes du soir, le 1er mars 
Résultat : 194,7 M£ (227,6 M€)
Art impressionniste et moderne : 177 M£
Art surréaliste : 17,7 M£
Estimation : 150,3-197,6 M£
Taux de vente : 89 %

Sotheby’s, art contemporain, vente du soir, le 8 mars 
Résultat : 118 M£ (136 M€)
Estimation : 80,9-112,6 M£
Taux de vente : 93 %

Christie’s, art d’après guerre et contemporain, vente du soir, le 7 mars 
Résultat : 96,4 M£ (111 M€)
Estimation : 68-102 M£
Taux de vente : 95 %

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Londres : la saison redémarre en fanfare

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