Londres : God save the Quinn

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1995 - 827 mots

Commémorant le cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, \"1945 : la fin de la guerre\" réunit chez Annely Juda Fine Art, jusqu’au 14 septembre, des œuvres produites cette année-là par une cinquantaine d’artistes européens et américains, dont Arp, Archipenko, Braque, Fautrier, Léger, Picasso, Jackson Pollock et Barnett Newman, l’Angleterre étant représentée par Hepworth, Hitchens, Moore et Freud.

Le dénominateur commun n’est ni le style, ni le sujet, ni l’apparition d’une école de peinture dominante à New York, mais tout simplement la pénurie d’œuvres due au manque de matériaux et à la dureté des temps. Cette exposition ira ensuite chez Denise René, à Paris, et Hans Mayer, à Düsseldorf.

À la galerie Beaux Arts, "Artistes réputés et prometteurs" (jusqu’au 2 septembre) s’intéresse exclusivement à la peinture et à la sculpture anglaises contemporaines. L’exposition associe huit poulains de la galerie à huit artistes reconnus, parmi lesquels Craigie Aitchison, Frank Auerbach, John Bellany, Lynn Chadwick et Elisabeth Frink (dont Beaux Arts gère la succession), ainsi que Ricardo Cinalli qui a rejoint la galerie depuis peu. Les œuvres exposées seront exposées en alternance durant tout l’été.

Trois sculptures murales de Jaume Plensa, en résine et en laiton, sont présentées dans la galerie inaugurée en début de saison par Michael Hue-Williams dans Cork Street. L’artiste y "incorpore" le poème de William Blake dont s’inspire le titre de l’exposition, "Jaume Plensa : les proverbes de l’Enfer" (jusqu’au 29 juillet). Connu du public britannique par son exposition de 1993 chez Dean Cough, à Halifax, Jaume Plensa fera partie de la rétrospective sur la sculpture anglaise que prépare la Galerie nationale du Jeu de Paume, à Paris, pour la fin de 1996.

Quatorze interprétations imaginaires de paysages urbains italiens et européens, peuplés des personnages et des visages caractéristiques de Mimmo Paladino, exécutées au pastel à l’huile sur bois donnent leur titre à l’exposition présentée aux Waddington Galleries et à la publication qui l’accompagne, "Mimmo Paladino : Villes" (du 12 juillet au 5 août).

Représentée jusqu’ici par Karsten Schubert, Anya Gallaccio inaugure la nouvelle galerie ouverte par le marchand Stephen Friedman au début de mai. Pour la circonstance, elle a créé deux installations, métaphores de la beauté et du déclin : de grandes marguerites (les fleurs dont elle a fait sa signature) tressées en une longue chaîne et une table en verre maculée de cire de bougie, autel dédié à l’éphémère autant qu’image de l’éphémère (jusqu’au 22 juillet).

"Marc Quinn : l’aveugle guidant l’aveugle", du 6 juillet au 2 septembre chez White Cube, est à coup sûr l’exposition la plus attirante de l’été, avec une sculpture du corps de l’artiste – la tête dressée en extase, le pénis en érection – coulé dans le plomb par l’Arch Bronze Foundry de Putney. Parallèlement, Art Now, la nouvelle salle de la Tate Gallery, propose "Désintox émotionnelle : (Sept péchés capitaux)", sept autoportraits en buste de l’artiste.

"Dinos et Jake Chapman : Qu’on m’apporte la tête de…" est la première exposition organisée par Karsten Schubert, Peter Chater, Thomas Dane et Charles Asprey dans l’arrière-salle de Ridinghouse Editions, l’ancienne galerie de Marc Jancou dans Foley Street. Inspirée, dit-on, par le marchand italien Franco Toselli, une tête en fibre de verre affublée d’une perruque et d’un nez de Pinocchio en forme de pénis est accompagnée d’un film érotique, où elle tient le rôle d’accessoire et se livre sur divers participants à des activités d’un inconfort indescriptible (jusqu’au 29 juillet).

"La Beauté du monde" investit Independant Art Space jusqu’au 5 août. Organisée par l’artiste britannique Adam Fuss, cette sixième exposition dans l’espace ouvert en février 1994 par Max Wigram, à Chelsea, accueille le travail de Christopher Bucklow et Simon Frost, deux artistes partageant le même amour du détail. Sous le titre "Guest", Bucklow expose huit photographies, obtenues en fixant un couvercle en métal perforé à un appareil de son invention, où le soleil s’inscrit sous la forme de piqûres de lumière sur du papier de couleur. Frost présente quant à lui une série de dessins de points argentés et de motifs plus importants dont les lignes sont incisées dans la surface de feuilles d’acier inoxydable.

Pour la troisième édition de sa manifestation estivale annuelle, le directeur de Factual Nonsens, Joshua Compston, retrouve Hoxton Square, au nord de Londres, où il nous montrait l’an dernier "Fete Worse than Death", retenue pour la section festival du prix "Working for Cities" du British Gas Properties-Arts Council. Cette fois, il organise "Hanging Picnic" (jusqu’au 8 juillet), un pique-nique de style edwardien où les grands protecteurs de l’art contemporain se rassembleront par petits groupes sous sa houlette.

Paro­diant Bayswater Road un dimanche après-midi, les œuvres de vingt jeunes artistes britanniques s’accrocheront aux grilles de la place. Liz Friend filmera la manifestation, qui sera retransmise aux "Opening Shots" du South Bank Centre à l’automne.
Parmi les expositions à ne pas manquer, signalées dans notre dernier numéro, rappelons : Sean Scully chez Waddington (jusqu’au 8 juillet) et Gerhard Richter chez Anthony d’Offay (jusqu’au 4 août).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°16 du 1 juillet 1995, avec le titre suivant : Londres : God save the Quinn

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