Galerie

Les galeries de la rue des Beaux-Arts se font voir et entendre

Par Marie Potard · lejournaldesarts.fr

Le 12 avril 2021 - 681 mots

PARIS

Opération médiatique réussie pour les marchands, qui contraints à la fermeture exposent dans leur vitrine.

Elsa & Johanna, « Their Type of Thing », Beyond the Shadows, 2018, impression jet d’encre semi-mate, 80 x 120 cm, photographie présentée dans la vitrine de la galerie La Forest Divonne. © Elsa & Johanna / La Forest Divonne
Elsa & Johanna, « Their Type of Thing », Beyond the Shadows, 2018, impression jet d’encre semi-mate, 80 x 120 cm, photographie présentée dans la vitrine de la galerie La Forest Divonne.
© Elsa & Johanna / La Forest Divonne

« L’idée est partie d’une phrase de Jean Castex "Dedans avec les miens, dehors en citoyen" alors Stéphane Corréard (galerie Love&Collect) a pensé aux vitrines. En l’espace de 6 jours, nous avons tout organisé », raconte la galeriste Marie-Hélène de la Forest Divonne, membre du bureau de l’association. Ainsi est née l’opération « A visage découvert ».

Si certains marchands ont des touches et d’autres ont conclu quelques ventes, ils ont surtout fait un beau coup de pub. « Nous avons énormément fait parler de nous. C’était d’ailleurs notre but premier. On ne prévoyait pas de vendre », explique le marchand Anthony Meyer. Il précise : « nous souhaitions surtout agir pour réveiller le gouvernement en lui disant qu’il crée une terrible inégalité. Mais attention, nous ne nous battons pas contre les maisons de ventes ni contre le confinement mais contre cette inégalité ».

Intitulée A visage découvert - pied de nez à la situation actuelle et clin d’œil au thème choisi, la face humaine - les marchands de la rue des Beaux-Arts ont largement adhéré au projet. Ils sont 23 à présenter dans leur vitrine une ou plusieurs œuvres d’art moderne, contemporain ou d’arts premiers. Si certaines galeries sont totalement closes, toutes lumières éteintes, dans d’autres, fermées à clé, le marchand est présent. Car si elles ne peuvent accueillir du public ni recevoir sur rendez-vous, elles sont autorisées à pratiquer le click & collect (rien n’interdit au marchand de venir y travailler, comme dans un bureau. 

Chaque œuvre est accompagnée d’un cartel, avec parfois un prix et les coordonnées du galeriste sont en évidence pour quiconque souhaite obtenir des renseignements sur l’objet exposé. « Il y a un monde fou. Beaucoup de gens s’arrêtent devant la vitrine. Je les prends en photo ! Ce n’est pas un hasard s’ils sont là. Ils sont clairement venus voir nos vitrines », lance Marie-Hélène de la Forest Divonne. « Les deux premiers jours de l’exposition, on a vu du monde et on a eu des demandes. Après Pâques, Paris s’est vidé mais nous avons quand même quelques affaires en route », indique quant à lui Patrice Trigano qui expose notamment un Autoportrait de Pierre Tal Coat, (18 000 €).

Plusieurs galeristes se sont adaptés au thème, non sans humour. C’est le cas de la galerie Loft, avec Masqué, 2016, une toile de Philippe Huart représentant de manière photographique une tête d’homme de profil portant un masque à gaz (4 500 €). Chez Love&Collect, c’est une Marianne affublée d’un masque chirurgical, 2021, du street artiste français Hopare qui est montrée. Dans la vitrine de la galerie La Forest Divonne, c’est une photographie d’Elsa & Johanna, Their type of thing, de la série Beyong the shadows, qui est visible. Ici, le sujet a été détourné puisque les deux jeunes femmes posent avec un masque de beauté. 

Dans la vitrine de la galerie Berthet-Aittouarès, trône un tirage d’Antoine Schneck, Nakama (8 500 €) qui peut être vu comme le trait d’union entre les arts premiers et l’art contemporain. A ses pieds, une Racine anthropomorphe de Robert Combas (18 000 €). 

Côté arts premiers, les marchands n’ont pas eu de peine à faire honneur au thème, en exposant des masques africains, océaniens ou d’Amérique du Nord. Chez Abla et Alain Lecomte - qui ont vu passer du monde mais surtout des visages inconnus - c’est un masque Baoulé qui est dévoilé (déjà vendu, autour de 7 500 €) ; chez Julien Flak, un masque portrait Tsimshian (Canada) qui a appartenu à André Breton, est disponible à plusieurs centaines de milliers d’euros ainsi qu’un masque chamanique double, Alaska, qui provient de l’ancienne collection The Heye Foundation (New York). « J’ai envoyé au moins 20 mails à des gens qui souhaitaient avoir des informations sur ces objets. La période est vraiment très dynamique. Je n’ai jamais fait autant de visios avec mes clients », raconte le marchand. 

L’opération a débuté le jeudi 1er avril, une date symbolique puisque depuis maintenant 5 ans, l’association organise le premier jeudi de chaque mois une nocturne dans les galeries de la rue. Elle se poursuit jusqu’au 20 avril et pourrait être renouvelée avec un nouveau thème.
 

Thématiques

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque