Galerie - Street art

Les galeries d’art urbain fourmillent à Paris

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 28 novembre 2019 - 787 mots

PARIS

Soixante marchands de street art sont présents dans la capitale, mais quantité ne rime pas avec qualité.

Paris. Le développement du street art en France dans les années 1980 s’est naturellement accompagné de la création de galeries qui lui sont consacrées, comme la Galerie du Jour-Agnès B. qui s’installe, en 1984, et la Galerie Magda Danysz, en 1991. Aujourd’hui, on en compte une bonne soixantaine à Paris selon le site spécialisé, Artistik Rezo. Un paradoxe pour un art dont le marché était encore, il y a peu, très étroit.

Les galeries sont réparties dans l’ensemble de Paris, bien que certains quartiers en accueillent beaucoup plus que d’autres. C’est le cas du XIIIe arrondissement, fief du mouvement, où sont présentes les galeries Itinerrance, Mathgoth, Lavo//Matik, et prochainement Agnès B. Plus au nord, dans le XIe arrondissement, on retrouve notamment les galeries Magda Danysz et Openspace, tandis que les galeries Brugier-Rigail, Joël Knafo et Le Feuvre & Roze sont installées dans les quartiers de galeries plus habituels que sont les IIIe et VIIIe arrondissements.

Une balade chez ces marchands confronte tout autant aux grandes signatures, Jonone, Obey, Seth, Speedy Graphito ou Miss Tic, souvent présentés par plusieurs galeries, qu’aux plus jeunes talents, très souvent constitués de duos ou de collectifs, car l’une des particularités du street art réside dans sa pratique à plusieurs mains. Les prix n’ont rien à voir avec les records d’un Kaws dont une œuvre s’est envolée à 13,1 millions d’euros ou d’un Banksy avec une œuvre adjugée à 11,1 millions d’euros, chez Sotheby’s. Ils sont bien plus modestes, dans « une fourchette entre 500 et 5 000 euros », souligne Joël Knafo, directeur de la galerie du même nom.

Une concentration à Paris

Ces galeries commerciales font partie de tout un écosystème dans lequel figurent le Boulevard Paris 13, un véritable musée à ciel ouvert composé de fresques murales sur les immeubles du XIIIe arrondissement, la péniche-restaurant Fluctuart, des ventes publiques d’art urbain depuis 2006, et deux Salons spécialisés (Urban Art Fair et District 13 Art Fair), auxquels s’ajoute un pavillon consacré au mouvement à Art Élysée pendant la Fiac. Pour autant, si Paris est devenue l’un des sites références du street art, la plupart des galeries peinent à rayonner hors de France. Peu de galeries ont un second espace à l’étranger, hormis Magda Danysz, implantée à Londres et à Shanghai, ou Brugier-Rigail à Séoul. Et elles ne peuvent trouver de relais dans les grandes foires d’art contemporain qui présentent peu (voire pas du tout) d’art urbain, alors que les foires spécialisées, à l’instar de l’Urvanity Art Fair à Madrid et Moniker Art Fair à Londres, ne sont pas légion. Par ailleurs, « les artistes ont souvent déjà une galerie à l’étranger, ce qui rend l’exportation compliquée », rappelle Jonathan Roze, directeur de la galerie Le Feuvre & Roze.

Inévitablement, dans cette profusion de galeries, il y a de tout, notamment des « galeries boutiques » où le travail de fond de galeriste est négligé au profit de ventes de décoration. « Nous avons réduit la voilure pour le street art, car il y a un trop-plein, et beaucoup d’artistes se déclarent street-artistes sans vraiment en être », déplore la galeriste Claudie Berthéas. Même point de vue pour la galerie Le Feuvre & Roze : « Nous avons participé à des Salons comme Art Élysée, et la ligne ne nous plaisait pas du tout. De nombreuses galeries boutiques se sont mises à offrir du street art, et donc le mouvement s’associe à ce genre de chose ; nous ne voulons pas être enfermés dedans. Face à la profusion, et la multiplicité à la fois des galeries et des artistes, et à tout l’opportunisme qui peut encadrer un effet de mode, on a décidé de s’ouvrir à d’autres artistes, qui viennent plus de l’art contemporain », ajoute Jonathan Roze.

L’art contemporain boude l’art urbain

D’autres enseignes se sont diversifiées, comme la Galerie Magda Danysz, qui a élargi son spectre à l’art contemporain, ou Agnès B. qui présente de la photographie. Et du côté des galeries d’art contemporain, hormis quelques exceptions, comme JR rentré à la galerie Perrotin, peu d’entre elles se tournent vers l’art urbain. « Les collectionneurs d’art contemporain s’intéressent peu à l’art urbain, et donc le marché se cherche. Tant que l’art urbain ne sera pas enseigné dans les écoles d’art, on en restera là », souligne Claude Kunetz, directeur de la Gallerie Wallworks. Si on a tendance à qualifier l’arrivée de l’art urbain d’effet de mode, son évolution est finalement relativement lente. « Le premier tournant était il y a douze ans, avec l’arrivée du street art dans les ventes aux enchères entre 2007 et 2009, et l’émergence de Banksy. Maintenant, il nous faut une deuxième évolution : celle de la reconnaissance institutionnelle », relève Magda Danysz.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°534 du 29 novembre 2019, avec le titre suivant : Les galeries d’art urbain fourmillent à Paris

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