Ventes aux enchères

Années 1950

L’effet Alain Delon

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 octobre 2007 - 673 mots

Les peintres européens de l’abstraction d’après-guerre, de la collection de l’acteur français, sont propulsés sur le devant de la scène.

PARIS - Alain Delon, collectionneur, ne fait rien comme tout le monde. Grand amateur de peinture européenne des années 1950, il met en vente le 15 octobre à Drouot sa collection complète de tableaux de l’École de Paris et du groupe Cobra. Sur la quarantaine de toiles à vendre, une bonne moitié a fait l’objet, voilà à peine six mois, d’une exposition non commerciale à la galerie parisienne Applicat-Prazan, spécialiste de la période. « En tant que défenseurs de l’École de Paris depuis plus de vingt ans, nous l’avions sollicité pour exposer dans nos murs. Il a accepté mais ne voulait absolument pas se séparer de sa collection. J’aurais souhaité qu’il vende et ce n’est pas faute d’avoir essayé de l’en convaincre », raconte le galeriste Franck Prazan qui évoque pour lui un « investissement lourd sans contrepartie ». L’exposition est un gros succès et des milliers de personnes (du jamais vu pour la galerie) défilent rue de Seine du 28 avril au 28 mai 2007, pour voir les tableaux d’Alain Delon, bien davantage que les œuvres de Soulages, Riopelle, Lanskoy et les autres. Sans doute grisé par ce public cultivé venu nombreux rendre hommage à son goût, notre star capricieuse décide alors de tout vendre au terme de l’exposition. « Par impulsion et non pas par calcul », insiste le commissaire-priseur Arnaud Cornette de Saint-Cyr. Alain Delon choisit alors la voie de la vente aux enchères publiques, où il a quasiment tout acheté. Plaçant l’amitié qui le lie au plus starisé des commissaires-priseurs français, Pierre Cornette de Saint-Cyr, au-dessus de toute mise en concurrence, il ne consulte aucune maison de ventes rivales. Pourtant, à ce niveau de collection, il est rare aujourd’hui de ne pas négocier, quels que soient les liens privés tissés entre collectionneurs et acteurs du marché.

Records attendus
Portée par l’ambiance environnante et euphorisante de la FIAC, la collection Alain Delon portera-t-elle les artistes de l’École de Paris au firmament ? « Cela fait longtemps que l’on n’a pas vu sur le marché d’ensemble aussi complet et cohérent. Nonobstant Fautrier et Poliakoff, les artistes qui comptent sont tous là, représentés par des tableaux importants, voire majeurs et bien datés. On peut même parler de chefs-d’œuvre pour certaines toiles », répond Franck Prazan, parachuté consultant dans cette opération désormais commerciale. « L’effet collection Alain Delon étant difficilement quantifiable, nous avons mis des estimations réalistes qui sont des prix du marché, indépendamment de l’influence du propriétaire », précise Arnaud Cornette de Saint-Cyr qui cède cette fois-ci le marteau de la vente à son père. Considérant les grosses pointures du mouvement, on découvre une huile sur toile de Pierre Soulages de 1950, estimée 300 000 à 400 000 euros. Le record pour l’artiste revient à un tableau de 1959 qui, partant d’une même estimation, est monté à 1,2 million d’euros à Paris chez Sotheby’s le 6 juillet 2006. Une Nature morte au poêlon (1955) peinte par Nicolas de Staël l’année de sa mort, estimée 500 000 à 700 000 euros, sera aussi l’une des plus grosses enchères de la vente avec La Vallée de l’oiseau, tableau de 1954 par Jean-Paul Riopelle, estimé 700 000 à 900 000 euros. Ce dernier a réalisé son meilleur prix depuis 1989, avec une œuvre de 1954 qui a dépassé le million d’euros le 24 novembre 2006 à Vancouver (Canada). Mais c’est paradoxalement vers des artistes plus rares ou moins connus du grand public qu’il faut se tourner pour parler de chefs-d’œuvre et prévoir des records. Le nom de Delon s’efface devant la force d’Antée III (1956) de Jean Degottex, estimée 80 000 euros ; la catharsis d’un Opus 85 D (1960) de Gérard Schneider, estimé 80 000 euros ; la couleur sacrée et construite de La Tour de David (1952) d’Alfred Manessier, estimée 200 000 euros, ou encore la fantaisie débridée des Deux Oiseaux (1949) de Constant, artiste Cobra si rare, estimé 200 000 euros. Une bonne leçon d’humilité.

COLLECTION ALAIN DELON

Vente le 15 octobre à Drouot Montaigne, 15, avenue Montaigne, 75008 Paris, SVV Cornette de Saint-Cyr, tél. 01 47 27 11 24, expositions publiques : du 11 au 14 octobre 11h-20h, le 15 octobre 11h-16h, www.cornette.auction.fr

COLLECTION ALAIN DELON

- Experts : Wilfrid Vacher et la galerie Applicat-Prazan (consultant) - Estimation : 5 millions d’euros - Nombre de lots : 40

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°266 du 5 octobre 2007, avec le titre suivant : L’effet Alain Delon

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