Mardi 11 décembre 2018

Foire

Le patron d’Art Basel inquiet pour le marché de l’art en 2016

Par David Robert (Correspondant à Rio de Janeiro) · lejournaldesarts.fr

Le 20 octobre 2016 - 464 mots

PARIS [20.10.16] - Dans une conférence donnée à Sciences-Po Paris la veille de la Fiac, Marc Spiegler, directeur général d’Art Basel, a évoqué « 10 ans de transformation du marché de l’art ». Un panorama large, un bilan 2016 très contrasté et une apologie des foires.

Marc Spiegler
Marc Spiegler
© Art Basel

Dans l’amphithéâtre Jacques Chapsal de Sciences-Po Paris, Marc Spiegler a offert en un peu plus d’une heure à la centaine d’étudiants présents, sa vision du marché de l’art, de la décennie écoulée et des grandes transformations à l’œuvre en ce moment. Le directeur général d’Art Basel ne s’est jamais départi de son tranquille sourire pour alterner entre les angles économiques, sociologiques et artistiques.

Après une longue introduction économique et géographique, le bilan du premier semestre 2016 a marqué l’assistance : derrière une foire de Bâle décrite comme exceptionnelle (l’inverse eût surpris), il a mentionné le double traumatisme qu’ont représenté, à quelques semaines d’intervalle, le Brexit et l’adoption en Allemagne de la loi limitant l’exportation de chefs-d’œuvre, une mesure décriée par de nombreux marchands. Dans la foulée, il a évoqué les attentats en France et le relatif ralentissement économique chinois pour expliquer des baisses de fréquentation dans les musées et les foires (comme celle de Londres).

Marc Spiegler souhaitait sans doute montrer par là-même qu’Art Basel pouvait se jouer de la conjoncture mondiale défavorable. Mais cet enchaînement de facteurs négatifs a davantage donné l’impression d’un marché fragile, contrastant avec son introduction et les perspectives de développement formulées par la suite.

Compte tenu de l’audience, Marc Spiegler a beaucoup évoqué le rôle de la politique culturelle, comme à propos des legs consentis par les nouvelles grandes fortunes. Si l’on donnait autrefois sa collection familiale à une grande institution, on choisit aujourd’hui de créer son propre musée, nourri de collections parfois récentes et (trop) rapidement constituées lors d’enchères spectaculaires. Un phénomène qui posera des problèmes de gestion, de conservation et de légitimité artistique dans le futur.

Après un passage convenu sur l’impact des nouvelles technologies, l’ancien journaliste a mis en perspective l’évolution du marché avec quelques données socio-économiques de long terme. En 1916, parmi les 1 % plus riches américains, 80 % étaient des rentiers, dont la fortune n’était pas principalement acquise par le biais de leur activité professionnelle quotidienne. La fréquentation des galeries était un marqueur social comme elle l’est toujours aujourd’hui, mais aussi une occupation. Un siècle plus tard, ce 1 %, dont sont issus les grands collectionneurs, est constitué de financiers ou d’entrepreneurs dont la fortune est récente, et souvent liée à un temps de travail peu compatible avec les flâneries en galeries. Ce phénomène expliquerait selon lui le rôle croissant joué par les foires (« qui sont loin d’être les meilleurs endroits pour découvrir des œuvres », a-t-il rappelé), en ce qu’elles concentrent de manière incomparable une certaine production contemporaine.

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