Écritures

Le Groumellec ou l’empreinte de la spiritualité

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2016 - 556 mots

À la galerie Françoise Livinec, les œuvres minimalistes de l’artiste breton se teintent de sacré et évoquent l’alphabet runique des Celtes.

PARIS - On avait laissé Loïc Le Groumellec à la galerie Daniel Templon, en 2010, avec ses mégalithes, ses croix, ses maisons. On le retrouve cinq ans plus tard dans les deux galeries de Françoise Livinec. Dans la plus petite, sont accrochées sept toiles, de 2007 à 2011, évoquant les sujets précités et leurs habituelles tonalités, le noir, le blanc, le gris. Comme un rappel. Dans le second espace, nettement plus grand (l’ancienne galerie de Bob Benamou), est présenté un ensemble de toiles d’une nouvelle série (2015) intitulée « Écritures », dominée par une monochromie marron et inspirée par les signes indéchiffrés, datés de -3 500 ans avant J.-C. et inscrits dans le site du Cairn de Gavrinis (golfe du Morbihan). Une révolution, en somme, pour l’artiste (né à Vannes en 1957). Mais si le changement paraît radical, il ne l’est pas, puisqu’il s’agit de la même histoire. Celle que Loïc Le Groumellec a commencée en 1983 et qui l’a vu peindre deux tableaux quasiment en même temps – ils seront achetés tout de suite par le CAPC de Bordeaux –, l’un portant sur ces écritures et l’autre sur un mégalithe. « Quand tu réussis un tableau, tu te dis que tu en as pour trente ans, ai-je pensé ce jour-là. » Et effectivement, ses mégalithes l’ont habité trente ans.

Le mystique prend des couleurs
Jusqu’à ce ce jour récent où il a repris cet autre chemin de la lande bretonne. À première vue, les deux séries diffèrent par leur chromatisme, par l’aspect figuratif pour l’une, abstrait pour l’autre et aussi par la technique utilisée – une peinture à la laque pour la première, une peinture à l’huile avec medium vénitien, donc proche de la peinture à la cire, pour la seconde. Mais elles traitent du même sujet. « Je peins le même tableau depuis le début », indique le Groumellec. Avec une austérité plus forte et un « minimalisme à l’envers », selon l’expression de l’artiste qui a toujours réfléchi aux effets de surface, de profondeur, de transparence, cette nouvelle série évoque en effet, sous une forme différente, les mêmes thèmes que la précédente : une quête majuscule et impérieuse du sacré qui passe d’une part par une présence de la figure toujours poussée, par méfiance, jusqu’à la frontière de l’abstrait ; et d’autre part par la création d’une dimension métaphysique. Et en ce sens un mégalithe ou une écriture sont à Loïc Le Groumellec ce que la figure de la bouteille est à Giorgio Morandi.

Il n’y a que dans les prix que les formats ont ici une incidence, avec une fourchette qui va de 3 000 euros pour un tout petit tableau (25 x 14,5 cm) jusqu’à 75 000 euros pour un grand triptyque (4,54 x 2,52 m), en passant par 27 000 euros pour une taille moyenne ce qui correspond presque à la cote d’un jeune artiste. Celle de Le Groumellec est donc d’autant plus raisonnable qu’il a toujours été dans de grandes galeries (Yvon Lambert, Karsten Greve…) et qu’il a toujours été suivi et soutenu par de grands collectionneurs.

Loïc Le Groumellec

Nombre d’œuvres : 27
Prix : entre 3 000 et 75 000 €
Artindex France 2015 : 419e

Loïc Le Groumellec, Écritures

Jusqu’au 23 janvier, Galerie Françoise Livinec, 24 rue de Penthièvre et 29 avenue Matignon, 75008 Paris, tél.01 40 07 58 09, www.françoiselivinec.com, mardi-samedi 11h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°448 du 8 janvier 2016, avec le titre suivant : Le Groumellec ou l’empreinte de la spiritualité

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque