Dimanche 21 octobre 2018

L’art précolombien en état de grâce

Par Armelle Malvoisin · L'ŒIL

Le 20 février 2013 - 1014 mots

La vente de la collection Barbier-Mueller d'art préhispanique préfigure un regain d'intérêt pour un domaine relativement épargné par la spéculation.

La prédiction maya annonçant le début d’un nouveau cycle démarrant le 21 décembre 2012 aura attiré l’attention d’un large public sur les civilisations méso-américaines. Les 22 et 23 mars 2013 à Paris, Sotheby’s déroule le tapis rouge aux arts précolombiens en dispersant la fabuleuse collection Barbier-Mueller, soit plus de trois cents objets des plus importantes cultures préhispaniques.

Cet ensemble exceptionnel est resté pendant quinze ans en dépôt au Musée d’art précolombien de Barcelone. En raison de la crise économique, la ville espagnole a renoncé à son acquisition prévue en 2012. Consécutivement, Jean Paul Barbier-Mueller a préféré mettre sa collection muséale aux enchères.

Le marché devrait être hyperréactif à cet événement majeur. Pour battre le fer pendant qu’il est chaud, la maison de ventes parisienne Eve propose elle aussi une vente d’art précolombien le 25 mars à Drouot. Elle sera suivie le 24 avril d’une autre vente, toujours à Drouot, sous la houlette cette fois de la maison de ventes Binoche & Giquello qui organise régulièrement des vacations de qualité dans cette spécialité.

En dehors des pièces mayas, aztèques ou olmèques et d’autres œuvres très prisées comme les masques mexicains de la grande cité Teotihuacan qui se négocient entre 100 000 et 1 million d’euros, beaucoup d’objets précolombiens restent relativement accessibles. En particulier dans le domaine des céramiques. Pour quelques milliers d’euros, il est possible d’acquérir une exceptionnelle céramique nazca (vers 100-700) ou huari (vers 800-1000) du sud du Pérou, anthropomorphe, zoomorphe ou anthropozoomorphe à décor polychrome ; un rare vase chauve-souris de culture mochica du nord du Pérou (100 av.J.-C.-600 apr.J.-C.) ; de très belles terres cuites beige orangé de culture tairona de Colombie (vers 1000-1500 apr.J.-C.) ; des coupes nariño du sud de la Colombie (vers 850-1500 apr.J.-C.) aux étonnants décors géométriques ou ornées d’animaux et d’hommes stylisés d’un modernisme absolu ; des chefs-d’œuvre tumaco de Colombie (500 av.J.-C.-500 apr.J.-C.) ou de La Tolita en Équateur (200 av.J.-C.-100 apr.J.-C.). Plus cotées, les céramiques mexicaines de Veracruz ne se vendent pas moins de 10 000 euros. Pour tout achat, il est important de vérifier que la provenance est bien définie. Tout objet sans pedigree est à fuir, parce qu’il peut s’avérer faux ou issu d’un pillage.

Les vénus chupÁ­cuaro
Les ChupÁ­cuaro appartiennent à une petite culture de l’État mexicain de Guanajuato, devenue majeure depuis que le Musée du quai Branly a fait d’une vénus son emblème. Leur site a été englouti par les eaux du RÁ­o Lerma lors de la construction d’un barrage dans les années 1940. Les ChupÁ­cuaro sont réputés pour la qualité de leurs céramiques polychromes représentant des statuettes de fécondité callipyges nues et ornées de peintures corporelles. Ces vénus ont été collectionnées par le Canadien Guy Joussemet et aussi par l’actrice Natalie Wood dont la collection est aujourd’hui conservée à l’University of California de Los Angeles. En mars 2012 à Drouot, une petite vénus chupÁ­cuaro (16,3 cm) s’est vendue 62 500 euros. Elle provenait de l’ancienne collection Joussemet, tout comme celle du quai Branly et celle de la collection Barbier-Mueller, la plus grande connue.

Les céramiques du Brésil
Les céramiques du Brésil étaient moins connues (mais non moins admirables) que celles des cultures méso-américaines, jusqu’à l’exposition « Brésil indien. Les arts des Amérindiens du Brésil », au Grand Palais à Paris en 2005, organisée dans le cadre de l’année du Brésil en France. Pour cet événement, le président Jacques Chirac avait demandé au collectionneur Jean-Paul Barbier-Mueller de prêter des pièces brésiliennes de sa collection, la plus belle au monde.

La sculpture en pierre
Du Mexique au Costa Rica, chez les différentes populations de Méso-Amérique, on retrouve dans la sculpture en pierre les mêmes représentations anthropomorphes empruntant certains traits à un animal. « L’homme à la bouche féline et aux canines en N est un thème sud-américain développé au Pérou dès la période ChavÁ­n (autour de 1000 av.J.-C.) », indique Claude-François Baudez, directeur de recherche au CNRS en archéologie des Amériques. Cette sculpture a été achetée très tôt, dans les années 1920, pour ses qualités esthétiques et son originalité iconographique, à une époque où les pierres sculptées précolombiennes étaient peu regardées et peu connues, où le marché était complètement préservé des faux.

Les jades
Les jades précolombiens sont recherchés pour la finesse de leur sculpture résultant d’une prouesse technique associée à la beauté de leur couleur verte ou bleu-vert. On en retrouve dès la période olmèque (à partir de 1200 av.J.-C). « Ils étaient portés en pièce centrale d’un collier et emportés dans la tombe avec le défunt, un dignitaire (prêtre ou prince) », explique l’expert parisien Jacques Blazy. On en trouve à partir de 1 500 euros.

Questions à…

Jean Paul Barbier-Mueller
Collectionneur

Qu’appréciez-vous dans l’art précolombien et de quelle façon l’avez-vous collectionné ?
Dans tous mes domaines de collection, notamment les arts africain et océanien, je n’ai suivi que mon propre goût, achetant par coups de cœur. J’apprécie énormément l’art olmèque. Je me suis aussi intéressé aux céramiques du Brésil, qui étaient déjà collectionnées par mon beau-père, Josef Mueller, et son neveu Rudolph Schmidt, qui aimait les objets sortant de l’ordinaire, à une époque où peu de gens s’intéressaient à cet art. Même si j’aime la sculpture sur pierre et les jades, je trouve que c’est dans le domaine du modelage de l’argile que culmine le talent de l’homme précolombien. Contrairement aux objets en pierre, les céramiques ont l’avantage d’être analysables et datables, ce qui est très utile pour se prémunir des faux. Quels conseils donneriez-vous à un jeune collectionneur ?
Au lieu de surpayer un objet maya, je lui conseillerais de regarder les créations de cultures précolombiennes moins connues et qui ont les mêmes qualités plastiques, pour un prix moindre avec un zéro de moins. Il faut collectionner à contre-courant de la mode.

Où voir/où acheter

Musée du quai Branly, Paris-7e, www.quaibranly.fr

Musée des Jacobins, Auch (32), www.musee-jacobins.auch.fr

Sotheby’s, Paris-8e, www.sothebys.com

Maison de ventes Binoche-Giquello, Paris-7e, www.binocheetgiquello.com

Maison de ventes Eve, Paris-9e, www.auctioneve.com

Galerie 1492, Paris-6e, www.galerie1492.com

Galerie Mermoz, Paris-8e et Paris-6e, www.galerie-mermoz.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°655 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : L’art précolombien en état de grâce

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