Vendredi 22 novembre 2019

Ouverture

L’art iranien s’implante à Londres

Par Sarah Belmont · Le Journal des Arts

Le 16 février 2016 - 741 mots

Vassili Tsarenkov, marchand d’art franco-russe, ouvre la « Sophia Contemporary Gallery » au cœur de Mayfair. Une galerie axée sur l’art contemporain iranien.

LONDRES - Sa maturité ne correspond pas à son jeune âge. À 27 ans, Vassili Tsarenkov ouvre dans la capitale britannique, en collaboration avec deux associées, une galerie essentiellement axée sur l’art contemporain iranien. Son enthousiasme se mesure à sa volubilité. Si son discours est dense, il ne récite pas une leçon. Issu d’une famille de collectionneurs, Tsarenkov est habité par une passion qui se transmet de génération en génération. Sa formation à Sciences-Po (Paris), puis au Courtauld Institute of Art (Londres), a apporté de nouvelles cordes à son arc. Manager de la St. Petersburg Gallery à Londres, consacrée à l’avant-garde russe, rien ne le prédestinait à se spécialiser dans l’art iranien.

Son projet est né d’un concours de circonstances d’abord, de fructueuses collaborations ensuite. « Je suis parti visiter l’Iran, en 2014. J’y ai été impressionné par la qualité et la pertinence de l’art. » Une qualité qui tient à deux critères. « L’art que je défends doit avoir un sens historique, qu’il marque une rupture ou une continuité, [mais il doit] surtout découler d’un savoir-faire. On compte plusieurs centaines d’écoles d’art en Iran, et plus de 400 galeries rien qu’à Téhéran. »

Ses intuitions étaient d’autant plus légitimes que partagées. « En octobre 2014, j’ai été contacté par mon amie Lili Jassemi, qui collaborait déjà avec des artistes iraniens. Elle souhaitait organiser une grande vente chez Sotheby’s, où a d’ailleurs travaillé Lali Marganiya, notre future associée ». Autant ouvrir une galerie. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus ces trois mousquetaires de l’art contemporain iranien. « Nous avons aussi une ambassadrice à New York, Elena Platonova ; il nous semblait important d’être ancrés des deux côtés de l’Atlantique. »

Pourquoi pas Paris ? Et le Français de répondre : « La vraie question est ‘’Pourquoi Londres ?’’ » C’est là que se concentre, avec Dubaï, le marché de l’art du Moyen-Orient. L’Angleterre abrite l’une des communautés iraniennes les plus importantes d’Europe, après l’Allemagne et la Suède. Enfin, Londres est plus cosmopolite que Paris. « Or nous tenons à cette ouverture sur le monde, favorisée par notre emplacement au cœur de Mayfair », insiste Tsarenkov.

Multiculturalisme
Cette approche, le trio franco-irano-russe l’entretient en collaborant avec des artistes issus de différentes cultures et en confrontant constamment l’Orient à l’Occident. « Ce dialogue n’est pas nouveau. Matisse, Kandinsky, Mike Kelley, Alighiero Boetti…, nombreux sont ceux à s’être inspirés de l’Orient. L’Iran, pour sa part, a toujours su absorber les cultures extérieures, tout en continuant à s’exporter à l’ouest comme à l’est. Le Taj Mahal, par exemple, est un mélange d’arts indien et iranien ».

Exposé au British Museum à Londres, ou au MoMA à New York, Reza Derakshani incarne cet idéal d’artiste à la croisée des civilisations. Les chevaux, motif récurrent dans son œuvre, symbolisent son expérience de l’émigration aux États-Unis. C’est lui qui ouvre la programmation de la Sophia Contemporary Gallery. Suivra, cet été, un « Show East-West » qui suscitera, comme son nom l’indique, un nouvel échange entre l’Orient et l’Occident.

Le vrai défi consistait à se lancer en janvier, avant la levée des sanctions internationales contre l’Iran. Les accords sur le nucléaire n’avaient pas encore été signés au moment où la galerie se créait. « Notre décision était indépendante du contexte politique. » De là quelques obstacles à contourner. « L’Iran était déconnecté du système monétaire financier international. Ce n’était pas évident, dans ces conditions, de payer les artistes et d’importer leurs œuvres en Europe. Ces derniers ont, selon moi, d’autant plus de mérite qu’ils ont commencé à créer avant même qu’il y ait un marché proprement dit. Dès l’année prochaine, l’économie iranienne devrait croître de 5 à 8 %, et la cote des artistes iraniens grimper en conséquence. » Pas question, toutefois, de se reposer sur ces prédictions, aussi encourageantes soient-elles.

Lili, Lali, Vassili. Au-delà de la rime, une même modestie les unit. Si aucun n’a tenu à donner son prénom à la galerie, c’est avant tout par souci de neutralité. « On a choisi un nom international – “Sophia” existe dans toutes les langues –, pour éviter les étiquettes. » Une nuance colore pourtant le concept. « L’idée d’une sagesse [sophia, en grec, NDLR] contemporaine réunit deux termes que nous espérons complémentaires. » Il en sera de même des œuvres présentées, dès le 9 mars.

Sophia Contemporary Gallery

11 Grosvenor Street, Mayfair, Londres, www.sophiacontemporary.com. À partir du 9 mars, « Reza Derakahami, The Breeze at Dawn ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°451 du 19 février 2016, avec le titre suivant : L’art iranien s’implante à Londres

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