La vie d’un scénographe est faite de résilience

Par Marie Potard · L'ŒIL

Le 16 août 2016

Scénographe de nombreuses expositions et de musées, Nathalie Crinière a été choisie pour mettre en scène la Biennale des antiquaires 2016.

L’ŒIL. Quelles sont les différences entre scénographe et décorateur ?
NATHALIE CRINIÈRE. Je dirais, mais cela n’engage que moi, que le décorateur fait dans un premier temps la part belle aux matériaux quand le scénographe, lui, n’a d’yeux que sur l’espace dans lequel il va s’implanter pour mettre les œuvres en valeur. Les disciplines se croisent ensuite, bien évidemment. Pour ma part si un plan est réussi cela fonctionne quoi qu’il arrive. Après, tous les goûts sont dans la nature et je n’irai pas prétendre que le mien ou celui d’un autre puisse fédérer tout le monde, mais pour ce qui est du plan général son dessin va être déterminant dans l’enchaînement du projet.

Quelle est l’importance d’une scénographie dans un salon d’antiquaires ?

Les antiquaires sont très exigeants et amoureux des belles choses. La magie des objets, si elle opère à l’unité, n’en opérera que mieux au sein d’un espace où chacun des objets trouve sa juste place. Nous n’avons pas travaillé sur les stands intérieurs, mais leur ordonnancement au sein d’un tout se veut porteur d’un bon présage pour l’avenir de ces œuvres.

Qu’est-ce qu’une scénographie réussie ?
Une bonne scénographie doit avant tout s’appuyer sur l’espace dans lequel elle prend place et sur les œuvres ou éléments qu’elle doit mettre en scène. Il s’agit d’un art appliqué qui ne vise pas à faire œuvre d’artiste mais cherche à se jouer des contraintes qu’on ne manque pas de lui donner. Il faut trouver des mètres carrés quand on souhaite élargir les allées, s’éloigner des structures existantes quand on rêve de pouvoir en jouer. Oublier les écrans dont on avait tant rêvé pour animer les longues perspectives amoureusement aménagées. La vie d’un scénographe est, il faut le savoir, faite de résilience.

Quels ont été vos partis pris pour cette Biennale 2016 ?
Bien recevoir les visiteurs et donner à chacun des exposants la sensation d’être à la juste place. Le fil rouge, c’est le Grand Palais, le Grand Palais et, encore, le Grand Palais. L’atrium central décuple la verrière de manière spectaculaire grâce à un jeu de miroirs inclinés. Le visiteur se trouve ainsi placé au cœur d’un espace dont il ne maîtrise plus les limites, laissant alors à son imagination la faculté de s’évader avant d’aller découvrir plus concrètement les œuvres. C’est ici le champ des possibles et le point de départ vers les œuvres rêvées. Les stands s’épanouissent ensuite au gré d’un agencement bien ordonné.

Comment gérez-vous la circulation au sein du Grand Palais ?
Il faut aimer marcher au Grand Palais. Quoi que l’on fasse, les proportions de la nef font que les distances entre les extrêmes sont longues. Nous avons avant tout essayé de faciliter l’orientation du visiteur en faisant en sorte qu’il se perde le moins possible. Les grandes portes lui facilitent la tâche et l’atrium central lui permet de se reposer et de pouvoir échanger avant de repartir en quête de ses futures découvertes. La longue allée centrale se déploie sur toute la largeur renforçant l’idée de la démesure de cet espace qui en fait un bâtiment unique.

Comment ne pas être « écrasé » par le monument ?
L’aimer tout simplement.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°693 du 1 septembre 2016, avec le titre suivant : La vie d’un scénographe est faite de résilience

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