Jeudi 13 décembre 2018

Art contemporain

La Gramercy Art Fair monte en pression

La foire du Gramercy Hotel continue à attirer les marchands les moins conformistes

Par Roger Bevan · Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 590 mots

Vite imitée à Los Angeles, à San Francisco et dans d’autres villes américaines, la formule originale de la Gramercy International Contemporary Art Fair – une présentation décontractée d’œuvres d’art dans un hôtel new-yorkais – en fait désormais un rendez-vous aussi incontournable que les manifestations d’art contemporain qu’elle comptait parodier.

NEW YORK (de notre correspondant) - Une meilleure organisation et une sélection plus rigoureuse des œuvres ont caractérisé cette réédition de la Gramercy Art Fair. De nouveau installée au Gramercy Park Hotel (au sud de Lexington Avenue), la foire s’est tenue du 28 avril au 1er mai, juste avant la semaine des ventes d’art contemporain.

Les organisateurs ont su préserver tout ce qui faisait l’originalité de la première édition : des frais réduits pour les cinquante exposants (950 dollars – 5 000 francs – de droits d’entrée, et 120 à 160 dollars – 600 à 900 francs – par jour de location) ; une soirée d’ouverture sur le thème du cabaret et des travestis ; et l’entrée libre pour les visiteurs.

La direction de l’hôtel a ouvert des chambres aux 3e, 4e et 5e étages, facilement accessibles par l’escalier. En harmonie avec l’atmosphère intime, les exposants ont privilégié des œuvres de petite taille et peu coûteuses : dessins, photographies, T-shirts, plaques imprimées, peintures sur papier peint et autres objets décoratifs ou éphémères.

Clarissa Dalrymple proposait l’œuvre la plus chère, une petite huile de Jasper Johns à 350 000 dollars (1,75 million de francs). Dans l’esprit non-conformiste qui caractérise la foire, elle avait accroché à côté une photographie de Robert Smithson, éditée à titre posthume dans un tirage non limité et vendue 50 dollars (250 francs). Les œuvres à contenu sexuel explicite étaient bien représentées.

Pat Hearn exposait un portfolio de Jimmy de Sana, Soumission, trente photographies d’activités S&M éditées à peu d’exemplaires en 1976-1977 (1 500 dollars chaque, soit 7 500 francs). Xavier Hufkens proposait un portfolio de photos de jeunes gens musclés dans des poses héroïques, réalisées par Bruce de Los Angeles voilà quarante ans.

Matthew Marks montrait les clichés de drag queens présentés par Nan Goldin, à Boston en 1973. Mais le plus remarquable était l’ensemble, exposé par Vincent Freemont, de trente-cinq livres et manuscrits originaux (100 000 dollars, soit 500 000 francs) réunis par Bridgid Polk entre 1968 et 1974, lorsqu’elle était très proche d’Andy Warhol et de la Factory. Parmi eux, les livres de “voyages”, sur ses expériences avec la drogue, et les cock books sur lesquels amis et artistes ont dessiné des images stylisées (et idéalisées) de leur pénis en érection.

 Chaque matin, un “cock du jour” différent, tiré d’un de ces livres, était exposé : une initiative qui collait parfaitement à l’image de la foire. Depuis, sous son vrai nom, Bridgid Berlin, l’ex-star de Chelsea Girls a créé une nouvelle série de “Tit prints”, impressions de ses seins couverts d’encre et d’aquarelle pressés sur des feuilles de papier.
 
L’exposition comptait aussi plusieurs installations. Lisson présentait par exemple Baiser au sodium pentothal, une projection de diapositives de Douglas Gordon. Metro Pictures projetait Couleurs, un nouveau travail vidéo de Tony Oursler avec Tracy Leipold, sur un mannequin souple placé sous un matelas en train de glisser de son sommier (20 000 dollars, soit 100 000 francs).

American Fine Arts a repris Quand les dinosaures régnaient sur la Terre (19 500 dollars, soit 100 000 francs), un “environnement” de Mark Dion à base de panneaux de papier peint, d’un duvet, d’un métrage de vieux film projeté sur la télévision de l’hôtel et de jouets de toute nature.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : La Gramercy Art Fair monte en pression

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