Anniversaire

La galerie Dina Vierny fête ses 70 ans

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 31 janvier 2017 - 521 mots

Une exposition-anniversaire vient célébrer la longue aventure lancée par la muse de Maillol et l’esprit qui animait la marchande d’art pour défendre « ses » artistes dans sa galerie.

PARIS - « Ma mère a inauguré cette galerie le 25 janvier 1947. C’était la date de son anniversaire, puisqu’elle était née le 25 janvier 1919 à Kichinev en Moldavie », indique Olivier Lorquin, l’aîné de ses deux fils (né lui en 1949). Il y a soixante-dix ans, Dina Vierny ouvre ainsi au 36, rue Jacob, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, avec une exposition d’Aristide Maillol. Elle a été son modèle et sa collaboratrice pendant dix ans, jusqu’à sa mort en 1944.

Auparavant, celui qui est un peu son deuxième père, lui a présenté ses amis Bonnard, Dufy et Matisse, pour lesquels elle a également posé. C’est ce dernier qui, après la disparition de Maillol, la prend alors sous son aile et la pousse à ouvrir une galerie. Il lui présente l’architecte Auguste Perret, qui va faire tous les travaux d’aménagement. Le lieu n’a pas bougé depuis. Tout est d’époque : les éclats de carreaux au sol, la rampe d’escalier, les panneaux en bois tissé sur les murs. Dina Vierny va également être encouragée par la galeriste Jeanne Bucher, chez laquelle elle avait découvert le peintre André Bauchant. À la mort de cette dernière en 1946, Dina Vierny deviendra la marchande attitrée de l’artiste. Par son intermédiaire, elle va rencontrer les primitifs modernes français, Camille Bombois, René Rimbert, Jean Eve… qu’elle défendra toute sa vie contre vents et marées. Elle organisera aussi, en 1951, la première exposition conséquente de Poliakoff (avec préface de Charles Estienne) qu’elle a rencontré dans un cabaret : il jouait de la guitare et elle chantait. Elle ne vendra là aucun tableau, mais c’est le début de la gloire pour Poliakoff. À la fin des années 1960, elle se met à défendre les artistes non-conformistes russes (Kabakov, Boulatov, Rabine), dont elle fait venir les œuvres en contrebande.

Un regard défricheur
Au milieu des années 1980, elle confie la direction de la galerie à Olivier Lorquin, seul maître à bord depuis le décès de sa mère en 2009. Tout en continuant à rester fidèle à ses engagements, il ouvre la galerie à de nouveaux peintres (Ra’anan Levy, Nina MushinSky…) et surtout à des photographes (Jerry Schatzberg, Frank Horvat, Jean-François Jonvelle…). « Je suis un marchand collectionneur. Je vends pour acheter », précise-t-il.

Pour fêter le 70e anniversaire de la galerie, il a « préféré montrer une démarche et cette philosophie du regard qui a toujours été [la] ligne de conduite [de la galerie] plutôt que de faire un inventaire ». Une vingtaine d’œuvres sont réunies (de 5 500 euros pour une photo de Frank Horvat à 1 300 000 euros pour l’autoportrait de Boulatov) pour créer d’heureux face-à-face, à l’exemple d’un très beau bouquet de Séraphine de Senlis et d’une mouche sur fond monochrome bleu de Kabakov, qu’accompagnent un beau Poliakoff, une photo de Bob Dylan de Schatzberg, ainsi que des sculptures de Robert Couturier et bien sûr de Maillol, dont son œuvre ultime, un hommage à Dina : Harmonie.

EXPOSITION ANNIVERSAIRE-70 ANS DEJA

Jusqu’au 24 mars, galerie Dina Vierny, 36 rue Jacob, 75006 Paris, tél. 01 42 60 23 18, du mardi au samedi de 14h à 19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°472 du 3 février 2017, avec le titre suivant : La galerie Dina Vierny fête ses 70 ans

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