Frieze

La foire s’est aseptisée

Les transactions n’ont pas manqué sur le salon d’art contemporain de Londres même si elles ne s’opèrent plus à la même vitesse

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 28 octobre 2009 - 498 mots

LONDRES - Oubliées les éditions marquées par l’outrance et la vulgarité, le jeunisme et la hype. Depuis 2008, la foire londonienne Frieze, organisée cette année du 15 au 18 octobre, a gagné en sérieux.

Après les années chocs, voici les années chic. Propret pour ne pas dire aseptisé, le dernier cru offrait peu d’œuvres assez audacieuses ou consistantes pour éveiller le désir. Comme si les artistes, ou leurs galeries, s’étaient autocensurés par crainte d’être pris en flagrant délit d’excès. Que voyait-on de l’ex-bad girl Tracey Emin ? De sages néons, rien qui soit susceptible de faire rougir le bourgeois. La plupart des grosses enseignes proposaient des accrochages fades, celui abominable de Gagosian (Los Angeles, New York, Londres) relevant de la parfaite nonchalance. Chez The Third Line (Dubaï), on se trouvait perplexe devant les œuvres de Farhad Moshiri, un artiste conceptuel qui semble actuellement en pleine période « vache ». Restaient quelques heureuses surprises, comme le stand de la galerie Zero (Milan), composé d’un tout petit tableau de Victor Man. Quand beaucoup de marchands tendent à engorger leurs cimaises, l’artiste roumain a imposé le vide à son galeriste. Un vacuum à la mesure de notre fragilité existentielle. La section « Frame », réservée à des expositions personnelles, échappait elle aussi au sentiment d’ennui. Des drapeaux de Gareth Moore constitués d’objets trouvés, des pièces aussitôt acquises par le fonds Outset chez Lüttgen Meijer (Berlin), aux trompe-l’œil de Susan Collis chez Seventeen (Londres), en passant par l’excellente Isabelle Cornaro chez Balice Hertling (Paris) ou le film de Laurent Montaron chez Schleicher Lange (Paris), il y avait matière à stimuler l’esprit.

« Sold out »
Bien que la foire n’ait pas été renversante, les affaires sont allées bon train dès le vernissage. Contre toute attente, l’ambiance fut très décontractée. « L’an dernier, il y avait beaucoup d’anxiété, rappelait David Zwirner (New York). Le sentiment d’inconnu a disparu depuis la Foire de Bâle [en juin] qui a donné un signal positif. Les gens sont plus détendus. Ils ont faim d’art, mais avec prudence. » Les ventes ne s’opèrent pas à la même vitesse ni au même niveau que l’an dernier. La sentence de Jonathan Monk – Do not pay more than 20 000 dollars – affichée à l’entrée du stand de Lisson (Londres) donnait d’ailleurs le ton. Fini le temps où la grosse cavalerie trouvait immédiatement preneur. Le gigantesque tableau de Sigmar Polke proposé pour 2,25 millions d’euros par Michael Werner (Berlin, New York) demeurait disponible quelques heures après l’inauguration. La non moins grande toile de Luc Tuymans, affichée pour 1,4 million de dollars (936 000 euros), était seulement réservée chez Zwirner ; En revanche, l’exposition personnelle de Barnaby Furnas chez Marianne Boesky (New York) a été sold out le jour du vernissage. Des galeries plus pointues comme les Berlinois Daniel Buchholz, Isabella Bortolozzi ou Sassa Trülzsch s’avouaient aussi très satisfaites des transactions. « La vie continue, confiait Malin Stål, de la galerie Hollybush Gardens (Londres). Londres reprend du poil de la bête. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°312 du 30 octobre 2009, avec le titre suivant : La foire s’est aseptisée

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