La collection Matarasso double son estimation

L’art moderne s’impose toujours plus facilement que le contemporain comme le montre une autre vente

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 17 novembre 2000

Le charme et la qualité de la collection Matarasso ont séduit les collectionneurs qui se sont arraché, le 27 octobre, les plus belles œuvres dont les huiles surréalistes de Max Ernst, René Magritte et Valentine Hugo, faisant de cette vacation à l’hôtel Dassault, un succès. La vente Cornette de Saint-Cyr du 28 octobre, composée surtout d’œuvres contemporaines, bien qu’émaillée de fortes enchères, a été moins éclatante. Moins de 75 % des lots ont été adjugés pour un total de 12,4 millions de francs.

PARIS - Un produit total doublant son estimation basse à 21 millions de francs, 6 enchères millionnaires et deux records mondiaux pour des œuvres de Balthus et Valentine Hugo. Le charme des œuvres et l’âme de la collection Matarasso, la qualité du catalogue réalisé par l’étude Briest – notices détaillées, qualité des reproductions – et l’efficace campagne de communication – exposition à New York et Zurich, annonces dans la presse française et étrangère – ont porté leurs fruits. La plus forte enchère est allée à un monochrome d’Yves Klein de 1957, IKB 175, qui a plus que doublé son estimation basse à 2,1 millions de francs. Le peintre, aujourd’hui internationalement reconnu, a encore profité de la rétrospective que lui a consacrée le Musée d’art moderne et d’art contemporain de Nice (Mamac). Le Portrait des poètes surréalistes, signé et daté 1932-1948 par Valentine Hugo, s’est envolé à 1,9 million de francs contre une estimation haute à 900 000 francs. Cette toile, que l’artiste refusa de vendre en 1937 au directeur du Musée d’art moderne de New York (MoMA), a été achetée par un étranger, grand collectionneur de tableaux surréalistes. “Je suivais avec admiration – depuis des années – toute l’activité du mouvement poétique surréaliste, écrivait Valentine Hugo en 1932. J’en fis partie dès 1931. En 1932, le désir me vint de grouper en un tableau les poètes surréalistes qui avaient eu de l’influence sur mon travail et qui formaient l’essentiel du groupe sous l’impulsion d’André Breton.” Les autres œuvres surréalistes ont également été plébiscitées par les acheteurs comme le petit tableau de Marx Ernst de 1924-1925, Oiseau en cage, offert en 1939 par l’artiste à Jacques Matarasso, qui a été emporté à 852 000 francs. “À cette époque, explique le libraire-collectionneur, nous rendions souvent visite le soir à Paul Éluard et à sa femme Nusch, avec mon père. Pour le jeune homme que j’étais, c’était à chaque fois des moments merveilleux entre la jolie et souriante Nusch et le poète, simple et réservé, mais plein de charme qui fut toujours très amical avec moi.” Une gouache de René Magritte provenant de la collection Paul Éluard, L’Échelle du feu, a, elle, été enlevée à 1 million de francs. Même enthousiasme pour deux dessins à l’encre inédits de Balthus qui ont pulvérisé leurs estimations. Le premier de 1932, Cathy et moi, nous étions échappés par la buanderie pour nous promener à notre fantaisie, qui figurera au catalogue raisonné en préparation, s’est envolé à 1,6 millions de francs, contre une estimation haute à 150 000 francs, le second, Je la suppliai de se retirer de la fenêtre et, à la fin, j’essayai de l’y contraindre, à 1,1 million de francs, décuplant son estimation basse. Des prix excessifs pour ces œuvres de petits formats, si l’on sait que des dessins de plus grande taille n’avaient pas dépassé les 600-700 000 francs dans la vente Gomez de juin 1997. Si les collectionneurs américains ont été très actifs – ils ont acquis 40 % des lots –, les Français le furent également – ce qui constitue une nouveauté –, emportant 35 % des lots.

“Relancer la mécanique”
Ils ont été nettement plus discrets lors de la vente d’art moderne et contemporain dirigée, le 28 octobre à Drouot-Montaigne, par Pierre Cornette de Saint-Cyr (lire également ci-dessous). Les acheteurs américains, belges, allemands et espagnols, ont permis d’assurer le plus gros des 12,4 millions de francs de produit. Seuls deux tiers des 152 lots ont trouvé preneurs. La seule œuvre importante emportée par un Français est une grande Composition de 1960 de Pierre Soulages partie à 1,2 million de francs. La plus forte enchère est allée à une grande huile (97 x 130 cm) de Vieira da Silva de 1965, La Ville fermée, enlevée à 1,6 million de francs. Le Regard mental de René Magritte, acquis par Frédéric Dard vers 1975 auprès de la galerie Isy Brachot, est, lui, parti à 1,2 million de francs, n’atteignant pas son estimation basse. Dans la partie art contemporain, les meilleurs prix, mis à part le Soulages, ont été obtenus par des artistes étrangers. Une grande huile de Domenico Gnoli de 1966, La Pelisse, a été adjugée 1 million de francs, une acrylique sur papier de Sam Francis de 1979, 395 000 francs, une sérigraphie sur toile d’Andy Warhol, Campbell’s soup : onion mushroom de 1986, 205 000 francs. Les œuvres des artistes français ont, elles, souvent peiné à atteindre leurs estimations basses comme le Robert Combas, Deux personnages, qui figurait en “une” du premier catalogue, parti à 170 000 francs, contre une estimation à 180-220 000 francs ou le Jean-Charles Blais de 1982, Adieu, emporté à 110 000 francs alors qu’il était estimé 120-150 000 francs. “Nous n’avons pas encore, en art contemporain, de véritable marché intérieur, déplore Pierre Cornette de Saint-Cyr. Les collectionneurs français sont frileux, ils ne savent pas honorer leurs artistes. Mon objectif, à travers ces ventes, est d’essayer de relancer la mécanique en organisant des rencontres entre artistes et collectionneurs.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°115 du 17 novembre 2000, avec le titre suivant : La collection Matarasso double son estimation

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque